Des anomalies de la substance blanche ont été évoquées à
l’origine (au moins partielle) du trouble dépressif majeur, mais le
lien entre l’altération de la matière blanche et l’intensité de la
dépression demeure encore énigmatique. Afin de préciser cette
relation, une étude britannique compare les données d’imagerie du
tenseur de diffusion chez 66 sujets avec dépression majeure et chez
66 sujets-témoins (appariés pour l’âge, le sexe et le niveau
d’efficience intellectuelle). La sévérité de la dépression est
évaluée par le Beck Depression Inventory.
Les auteurs confirment l’association de la pathologie dépressive
avec des « déficits étendus dans l’intégrité de la substance
blanche. » Parmi les zones concernées par ces déficits
(comparativement aux sujets-témoins), figurent le corps calleux, le
faisceau longitudinal supérieur et la corona radiata. Et on observe
une corrélation entre la sévérité des symptômes dépressifs et la
perte de l’intégrité anatomique (et sans doute aussi fonctionnelle)
de la substance blanche, en particulier au niveau du corps
calleux.
La mise en évidence de ces altérations structurelles de la
substance blanche (sous-jacentes aux troubles dépressifs) semble
confirmer la thèse d’une composante organique dans cette pathologie
où un phénomène de « déconnexion » entre certaines parties du
cerveau pourrait entraîner (ou du moins aggraver) des anomalies
dans les processus de contrôle des émotions. Mais comme souvent
dans ce type d’étude, comment opérer une distinction formelle entre
les atteintes réellement à l’origine de la maladie et ses
conséquences éventuelles, ou liées peut-être à certains traitements
ou à d’autres facteurs, par exemple à des comorbidités ou des gènes
plus fréquents chez les sujets dépressifs ?
Dr Alain Cohen
James Cole et coll. : White matter abnormalities and illness severity in major depressive disorder.
Br J. Psychiatry 2012 ; 201: 33–39.
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