Certains travaux ont associé en population générale et en
population non diabétique à haut risque de maladie cardiovasculaire
(atteinte d’HTA, de maladie coronarienne, de néphropathie
chronique, par exemple), l’existence d’une sclérose valvulaire
aortique (SVA) à un risque accru de maladie cardiovasculaire et de
décès de cause cardiovasculaire. D’autres ont associé,
principalement en population non diabétique, la calcification de
l’anneau mitral (CAM) à une augmentation de la morbidité et de la
mortalité cardiovasculaires. Dans ce contexte lourd, des équipes
italiennes ont porté leur attention sur la relation entre VAS, CAM
et mortalité chez les patients atteints de DT2, quasi oubliés dans
les travaux menés jusque-là.
L’étude conduite par A. Rossi et coll., qui a examiné
rétrospectivement les données de la Verona Diabetes Study (étude
observationnelle longitudinale sur les complications chroniques du
DT2), a porté sur 902 diabétiques de type 2, suivis en externe en
service de diabétologie, en CHU à Vérone, ayant eu, entre 1992 et
2007, une échocardiographie transthoracique, et répartis en trois
groupes selon le score de calcification valvulaire (CV).
Parmi les 902 patients inclus (362 femmes), 52,9 %, âgés en
moyenne de 66 ± 9 ans, se sont avérés indemnes de toute atteinte
valvulaire en échocardiographie (groupe CV-0, n’ayant ni
épaississement ni calcification) ; l’atteinte était monovalvulaire
chez 33,7 % des patients (groupe CV-1, de 71 ± 8 ans d’âge moyen ;
CAM dans 4,8 % des cas, VAS dans 28,9 %) et bivalvulaire, aortique
et mitrale, chez 13,4 % (groupe CV-2, âgé en moyenne de 73 ± 8
ans).
Sur un suivi moyen de 9 années, 137 patients sont décédés (15,2 %),
78 d’entre eux de cause cardiovasculaire.
L’analyse a pris en compte de nombreux facteurs confondants
potentiels (notamment l’âge, le sexe, l’IMC, la durée du diabète,
le tabagisme, la pression artérielle systolique, les taux
d’hémoglobine glyquée et de LDL-cholestérol, le débit de filtration
glomérulaire, les antécédents d’infarctus du myocarde, la prise
d’antihypertenseurs et celle d’hypolipémiants).
Après ajustements, elle met en évidence un risque de décès
toutes causes plus que doublé chez les patients du groupe CV-1
(ratio de risque de 2,3 ; intervalle de confiance à 95 % de 1,1 à
4,9 ; p < 0,01) et multiplié par plus de 9 dans le groupe CV-2
(9,3 ; 3,9-17,4 ; p < 0,001), en comparaison du groupe CV-0.
L’association persistait lorsque les ajustements étaient poussés
sur la masse ventriculaire gauche, la fraction d’éjection du
ventricule gauche : ratios de risque dans les groupes CV-1 et CV-2,
respectivement de 2,5 (1,5-4,2) (p < 0,005) et de 5,5 (2,9-10,5)
(p < 0,001). Les résultats étaient semblables pour la relation à
la mortalité de cause cardiovasculaire.
Cette étude associe chez les patients ayant un diabète de type 2,
indépendamment des facteurs traditionnels de risque
cardiovasculaire, l’existence d’une sclérose valvulaire aortique et
celle d’une calcification de l’anneau mitral, à un risque accru de
décès en comparaison de patients indemnes de ces atteintes
valvulaires. L’association a été observée qu’une seule ou que les
deux valves soit atteintes ; le lien le plus fort à la mortalité
revenant aux atteintes bivalvulaires (p pour la tendance <
0,0001).
De type rétrospectif et longitudinal, l’étude ne permet
cependant pas de conclure à une relation causale, et appelle
confirmation sur de plus vastes cohortes. L’impact d’interventions
visant à réduire la progression de l’atteinte valvulaire sur
l’incidence des événements cardiovasculaire et le risque de décès
reste à déterminer.
Dr Julie Perrot
Rossi A et coll. : Aortic and mitral annular calcifications are predictive of all-cause and cardiovascular mortality in patients with type 2 diabetes. Diabetes Care 2012 ; 35 : 1781-6.
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