Dans les services d'urgence des États-Unis, un traitement
inadéquat de la douleur est fréquent. Par exemple, de nombreux
traumatisés ne reçoivent pas d'opiacés en urgence, en particulier
les jeunes, les plus âgés, ceux qui sont intubés et ceux qui sont
les plus gravement blessés (1). De même, un diagnostic
psychiatrique a été associé à une plus faible probabilité de
recevoir un opioïde en urgence (2).
Une analyse transversale des données obtenues dans le cadre
d'une étude multicentrique chez des patients ayant subi une
collision mineure a visé à déterminer la relation entre leurs
caractéristiques socio-économiques et la probabilité de recevoir
des opiacés en urgence.
Les données de 690 patients blancs non-hispaniques âgés de 18 à
65 ans qui ont été évalués et non hospitalisés dans huit services
d'urgence ont été enregistrées, y compris leurs caractéristiques
socioéconomiques, le niveau de scolarité et le revenu. La majorité
(80 %) d'entre eux présentait une douleur d'intensité modérée à
forte.
Les patients ayant un niveau d'études supérieur avaient des
niveaux de douleurs perçues, de tendance à la dramatisation, de
menace sur la vie et de détresse plus faibles.
Les plus instruits étaient également moins susceptibles de
recevoir des opiacés au cours de leur visite aux urgences. C'est
ainsi que des opiacés ont été prescrits à 54 % des patients qui
n'avaient pas terminés leurs études secondaires, versus 10 % des
patients ayant un niveau d'études supérieur (test du chi² : p <
0,001).
Après ajustement pour l'âge, le sexe, le revenu et l'intensité
de la douleur, les différences de fréquence d'administration
d'opiacés aux patients ayant le plus faible niveau de scolarité (39
% ; intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 22 % à 60 %) et le
plus haut niveau de scolarité (13 % ; IC95 de 7 % à 23 %) sont
restées similaires (p = 0,01).
Les plus instruits ont donc été moins susceptibles de recevoir
des opiacés. Cependant, les auteurs n'ont pas vérifié si un opiacé
était réellement justifié ou pas, ni s'il a éventuellement été
refusé ; ils n'ont pas non plus évalué l'effet du faible taux de
prescription d'opiacés chez les plus éduqués sur les douleurs.
L'étude suggère que le niveau scolaire atteint par les patients est
un déterminant important de la prescription d'opiacés mais il reste
à évaluer la possibilité de généraliser ces résultats (en
particulier, est-ce vrai en France ?) et d'en déterminer la
raison.
Dr Gérard Loeb
1) Neighbor ML et coll. : Factors affecting emergency department opioid administration to severely injured patients. Acad Emerg Med 2004 Dec ; 11 (12) : 1290-6.
2) Simon LJ et coll. : Disparities in opioid prescribing for patients with psychiatric diagnoses presenting with pain to the emergency department. Emerg Med J 2012 Mars ; 29 (3) : 201-4. Publication en ligne le 18 février 2011.
Platts-Mills TF et coll. : More educated emergency department patients are less likely to receive opioids. Pain 2012. Publication avancée en ligne le 2 mars 2012.
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