> Accueil JIM > Une mutation protectrice contre la maladie d’Alzheimer

Partenaires Partenaire





ACTUALITE MEDICALE

Une mutation protectrice contre la maladie d’Alzheimer

Publié le 09/08/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Après 60 ans plus de 5 % d’entre nous sont atteints d’une démence, dans 2/3 des cas due à la maladie d’Alzheimer (MA). Une des caractéristiques de la maladie est l’accumulation cérébrale de formes insolubles des peptides β-amyloïdes Aβ1-40 et Aβ1-42 dans le milieu extracellulaire, constituants majeurs des plaques amyloïdes. Ces peptides Aβ proviennent de la dégradation protéolytique de la protéine précurseur de l’amyloïde APP sous l’action de β- et γ-secrétases. Plus de 30 mutations du gène APP ont été mises en évidence, dont 25 environ sont pathogènes et impliquées en général dans la MA précoce à transmission autosomique dominante. Les mutations de APP n’ont pas été impliquées dans la MA sporadique commune d’apparition tardive jusqu’à présent à une rare exception près.

Dans une étude récente, une équipe islandaise recherche les variants codants peu fréquents de APP ayant un effet significatif sur le risque de MA parmi les données de séquençage pangénomique de
1 795 Islandais. Les sujets contrôles sans MA ont plus de 85 ans. Après d’autres analyses, l’association avec le polymorphisme d’un seul nucléotide rs63750847 est confirmée comme étant la plus significative. L’allèle A (rs63750847-A), résultant en une substitution de l’alanine par la thréonine en position 673 de la protéine APP (A673T), est plus fréquent dans le groupe contrôle que chez les patients atteints de MA (0,62 % versus 0,13 % ; odds ratio (OR) = 5,29 ; p = 4,78 X 10-7), et s’avére donc protecteur contre la MA.

La prévalence du variant rs63750847, autour de 0,5 % ici dans des groupes d’Islandais, de Finnois, de Suédois et de Norvégiens, s’avère plus importante chez les personnes âgées que dans la population générale. Les scientifiques estiment que les porteurs de rs63750847-A sont plus à même d’atteindre l’âge de 85 ans que les non porteurs (OR = 1,47).

Dans un groupe contrôle de sujets sans problème cognitif à 85 ans (score de zéro à la Cognitive Performance Scale - CPS), la fréquence de rs63750847-A est plus élevée (0,79 % ; OR = 7,52 ; p = 6.92 X 10-6), en accord avec un rôle de protection contre la MA. Un rôle confirmé d’autre part par l’évaluation du déclin de la fonction cognitive (échelle CPS) chez des pensionnaires de résidences pour personnes âgées sans diagnostic de MA (41 porteurs de la substitution A673T et 3673 non porteurs âgés de 80 à 100 ans), qui apparaît mieux conservée chez les sujets porteurs (différence de 1,03 unité ; p = 0,0021).

La situation de la substitution A673T à proximité du site protéolytique de BACE1 (β secrétase) suggère qu’elle pourrait résulter en une diminution du clivage d’APP chez les porteurs, une hypothèse confirmée par examen du clivage protéolytique de l’APP. Notamment la production de Aβ1-40 et Aβ1-42 est diminuée de 40 % par le variant A673T par rapport à la protéine APP sauvage. Ce résultat confirme l’effet protecteur de la substitution A673T, contrairement à la substitution A673V qui augmente le clivage de APP, et montre clairement que la position 673 de APP est capable de réguler la dégradation par BACE1.

Au final, cette étude met en évidence pour la première fois une mutation fortement protectrice contre la maladie d’Alzheimer et le déclin cognitif lié à l’âge. Elle valide l’hypothèse développée pharmacologiquement selon laquelle l’inhibition de la β secrétase pourrait constituer une stratégie de lutte contre la maladie d’Alzheimer. Dans ce cas, comment expliquer les échecs connus ? Moment d’administration plus précoce à choisir, nécessité de cibler en même temps d’autres facteurs impliqués, sous-groupe de patients à déterminer ?



Dominique Monnier


Jonsson T et coll. : A mutation in APP protects against Alzheimer’s disease and age-related cognitive decline. Nature 2012 ; Aug 2 ; 488 (7409) :96-9.



IMPRIMER ENVOYER A UN CONFRERE REAGIR ENREGISTRER DANS MA BIBLIOTHEQUE TAILLE DU TEXTE

Vos réactions