Le nilotinib, un inhibiteur de tyrosine kinase (ITK) qui a
démontré son efficacité chez les patients atteints de leucémie
myéloïde chronique (LMC) en échec ou intolérants à l’imatinib, est
évalué dans le cadre d’un essai de phase 3 face à l’imatinib chez
les patients en phase chronique (PC) nouvellement diagnostiqués. Il
a reçu l’AMM et le feu vert de l’HAS à la dose de 300 mgx2/j suite
aux résultats préliminaires à 12 mois sur la base d’un taux de
réponses moléculaires majeures (RMM) supérieur à celui induit par
l’imatinib. L’essai clinique devait initialement durer 5 ans et sa
durée a été étendue cette année à 8 ans. Ici, les résultats sont
présentés après au moins 3 ans de recul.
Le taux d’arrêt de traitement est notable, de 29 % dans le bras
nilotinib 300 mgx2 et de 38 % dans le bras imatinib. Les sorties
d’essai en lien avec un échec thérapeutique ou une progression sont
un peu plus fréquentes dans le bras imatinib que dans le bras
nilotinib. Le taux cumulé de RMM à 36 mois est plus élevé dans le
bras nilotinib 300 mgx2 que dans le bras imatinib : 73 % contre 53
%. Le taux de RMM à 36 mois chez les patients ayant eu une
évaluation moléculaire à ce moment est de 85 % dans le bras
nilotinib et de 64 % dans le bras imatinib. Le taux cumulé de RM 4
à 36 mois est de 54 % sous nilotinib contre 26 % sous imatinib. Le
taux cumulé de RM 4,5 à 36 mois est de 35 % sous nilotinib contre
15 % sous imatinib. Le taux de transformation vers la phase
accélérée ou blastique est inférieur dans le bras nilotinib 300
mgx2 (0,7 % versus 4,2 %). La différence est statistiquement
significative. En revanche, la survie sans progression et la survie
globale sont comparables dans les bras nilotinib et imatinib. Quant
à la tolérance des médicaments, celle de l’imatinib n’offre pas de
surprise. Le nilotinib a la particularité d’engendrer plus
d’éruptions cutanées et d’être associé à la possibilité de
dyslipidémie et d’hyperglycémies. Enfin, certains patients sous
nilotinib développent des accidents occlusifs artériels.
Au total, la supériorité du nilotinib est confirmée, mais elle
ne se traduit par aucun avantage en termes de survie globale. Les
réponses moléculaires sont plus profondes que sous imatinib. La
toxicité métabolique et artérielle du nilotinib mérite une
attention particulière. Les mécanismes et les facteurs de risque
d’une telle toxicité demeurent mal identifiés. L’évolution au fil
du temps des patients inclus dans cet essai se devra d’être suivie
avec intérêt.
Dr Delphine Rea
Larson RA et coll. : Nilotinib vs imatinib in patients with newly diagnosed Philadelphia chromosome-positive chronic myeloid leukemia in chronic phase : ENESTnd 3-year follow-up. Leukemia 2012. Publication avancée en ligne le 15 Juin 2012. doi:10.1038/leu.2012.134.
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