Le dasatinib, un inhibiteur de tyrosine kinase (ITK) qui a
démontré son efficacité chez les patients atteints de leucémie
myéloïde chronique (LMC) en échec ou intolérants à l’imatinib, est
évalué dans le cadre d’un essai de phase 3 face à l’imatinib chez
les patients en phase chronique (PC) nouvellement diagnostiqués. Il
a reçu l’AMM suite aux résultats préliminaires à 12 mois sur la
base d’un taux de réponses cytogénétiques complètes (RCyC)
supérieur à celui induit par l’imatinib, mais n’a pas reçu le feu
vert des autorités de santé françaises pour son remboursement dans
ce cadre. L’essai clinique doit durer 5 ans. Ici, les résultats
sont présentés après au moins 2 ans de recul.
Le taux d’arrêt de traitement est notable et comparable dans les
2 bras (23 % sous dasatinib et 25 % sous imatinib). Les raisons de
sortie d’essai ne différent pas de manière substantielle entre les
2 bras : événements indésirables, progressions et échecs
thérapeutiques et décès. Le nombre de décès est légèrement
supérieur chez les patients sous dasatinib. Le taux cumulé de
réponse cytogénétique complète (RCyC) à 24 mois est de 86 % sous
dasatinib et 82 % sous imatinib, et le taux de RCyC à 24 mois chez
les patients ayant eu une évaluation cytogénétique à ce moment est
de 91 % sous dasatinib et 90 % sous imatinib. La différence
constatée lors de l’analyse à 12 mois est donc estompée. En
revanche, les réponses moléculaires sont plus profondes chez les
patients traités par dasatinib : le taux cumulé de réponse
moléculaire majeure (RMM) à 24 mois est de 64 % sous dasatinib
contre 46 % sous imatinib. Le taux de RMM à 24 mois chez les
patients ayant eu une évaluation moléculaire à ce moment est de 69
% dans le bras dasatinib et de 52 % dans le bras imatinib. Le délai
médian d’obtention de la RMM est plus court sous dasatinib (15 mois
versus 36 mois). Le taux cumulé de RM 4,5 à 24 mois est de 17 %
sous dasatinib contre 8 % sous imatinib. Le taux de transformation
vers la phase accélérée ou blastique est inférieur dans le bras
dasatinib (3,2 % versus 5 %). La différence ne semble pas
statistiquement significative. La survie sans progression, sans
échec thérapeutique, et la survie globale sont comparables dans les
bras dasatinib et imatinib. Quant à la tolérance du médicament,
celle de l’imatinib n’offre pas de surprise. Le taux d’épanchement
pleural sous dasatinib est notable : 14 %. Il est rapporté que 3
patients ont développé une hypertension artérielle pulmonaire sous
dasatinib.
Au total, si la supériorité du dasatinib en terme de taux de RCyC
s’estompe après 24 mois, les réponses moléculaires demeurent plus
profondes que sous imatinib. Cet avantage ne se traduit pas en
bénéfice de survie. La toxicité pulmonaire du dasatinib mérite une
attention particulière. Les mécanismes et les facteurs de risque
d’une telle toxicité demeurent mal identifiés. L’évolution au fil
du temps des patients inclus dans cet essai se devra d’être suivie
avec intérêt.
Dr Delphine Rea
Kantarjian H et coll. : Dasatinib or imatinib in newly diagnosed chronic-phase chronic myeloid leukemia: 2-year follow-up from a randomized phase 3 trial (DASISION). Blood 2012 ; 119 : 1123-1129.
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