Le diabète de type 2 a été associé à un risque accru de nombre
de cancers, et la survie après le diagnostic de cancer s’est avérée
moindre chez les diabétiques que chez les non-diabétiques. Les
comorbibités, nombreuses et sévères chez les diabétiques,
l’espérance de vie réduite, l’impact spécifique des traitements du
diabète étant cependant autant de facteurs susceptibles d’influer
sur le risque de décès, des auteurs britanniques et canadien ont
évalué la survie après cancer des patients atteints de DT2 en
comparaison de ceux indemnes de diabète, et en relation au
traitement médicamenteux suivi pour contrôler l’hyperglycémie.
Pour ce faire, CJ. Currie et coll. ont mené une étude de cohorte
rétrospective, qui s’est fondée sur les données intéressant 112 408
patients, diabétiques ou non, enrôlés dans près de 350 centres de
soins primaires du Royaume-Uni, ayant eu un premier cancer après le
1er janvier 1990.
Dans cette population d’étude, suivie jusqu’au 31 décembre 2009,
les diabétiques de type 2 étaient au nombre de 8 392 (7,5 %). Ils
étaient plus âgés que les non-diabétiques (71,7 ± 9,5 ans en
moyenne, vs 67,5 ± 13 ans ; p < 0,001), étaient plus souvent des
hommes (58,9 % vs 47,2 % ; p < 0,001), et avaient, à
l’inclusion, un indice de comorbidités de Charlson accru. La durée
moyenne du DT2 était de 7,7 ± 7 ans et l’hémoglobine glyquée
(HbA1c) moyenne des diabétiques était de 7,4 ± 1,5 %. Parmi ces
diabétiques de type 2, 17 % étaient traités par metformine seule,
18,1 % par un sulfamide hypoglycémiant seul, 7,8 % par insuline
seule ; 13,4 % recevaient un traitement par metformine + sulfamide
hypoglycémiant, 3,5 % par metformine + insuline.
Différentes localisations de cancer ont été examinées (cancer de la
vessie, du sein, colo-rectal, du foie, du poumon, de l’ovaire et de
l’endomètre, du pancréas, de la prostate), et l’analyse a pris en
compte nombre de facteurs potentiels de confusion (dont l’âge, le
sexe, le statut tabagique, la pauvreté, l’indice de comorbidité, le
taux d’HbA1c, l’année du diagnostic du cancer, le nombre de
consultations en centre de soins).
La survie moyenne après le diagnostic du cancer, était globalement
de 9,3 ans (9,2-9,4 ans). Après ajustements, le ratio de risque de
décès était, chez les diabétiques en comparaison des
non-diabétiques, tous cancers confondus, de 1,09 (intervalle de
confiance à 95 % de 1,06 à 1,13).
Un risque de décès variant selon la localisation du
cancer…
La survie était en moyenne moindre chez les diabétiques que chez
les non-diabétiques pour presque toutes les localisations tumorales
soumises à examen, semblable dans les deux groupes pour le cancer
du foie, plus élevée pour le cancer du poumon. Elle variait selon
le site de la tumeur, étant, chez les diabétiques, en moyenne de
10,4 ans (9,5-11,3 ans) en cas de cancer du sein, vs 14,3 ans
(14,1-14,4 ans) en l’absence de diabète, mais respectivement de 2,2
ans (1,8-2,6 ans) vs 1,8 an (1,7-1,9 an) en cas de cancer du
poumon.
Chez les diabétiques, la mortalité était accrue, en comparaison des
non-diabétiques, pour trois localisations de cancer : cancers du
sein (1,32 ; 1,17-1,49), de la prostate (1,19 ; 1,08-1,31) et de la
vessie (1,16 ; 1,02-1,32), mais était moindre en cas de cancer du
poumon (0,84 ; 0,77-0,92).
… et selon le traitement anti-hyperglycémiant
Chez les diabétiques traités par metformine en monothérapie,
c’est une réduction de la mortalité après cancer qui est observée
globalement (0,84 ; 0,77-0,92) comparativement aux non-diabétiques.
À l’opposé, chez les diabétiques sous sulfamides hypoglycémiants
seuls ou insuline seule, la mortalité était augmentée par rapport
aux non-diabétiques (ratios de risque respectivement de 1,13 ;
1,05-1,21 et 1,13 ; 1,01-1,27), sans impact significatif noté pour
l’ajout de metformine au traitement par sulfamides ou à
l’insulinothérapie.
En comparaison de ceux traités par la seule metformine, c’est aussi
un accroissement de la mortalité qui est observé chez les
diabétiques sous monothérapie par sulfamides (1,48 ; 1,29-1,71) ou
par insuline (1,33 ; 1,18-1,58), sans impact significatif de la
combinaison metformine + sulfamides ou metformine + insuline. Selon
les sites spécifiques de cancer, c’est une réduction de la
mortalité après cancer du foie (0,47 ; 0,24-0,91), ainsi qu’après
cancers de l’ovaire/de l’endomètre (0,48 ; 0,28-0,81) qui est notée
chez les diabétiques traités par metformine seule.
Cette étude associe au diabète de type 2 un accroissement de
près de 10 % de la mortalité globale après cancer incident, en
comparaison des non-diabétiques (la part revenant au diabète et
celle revenant au cancer restant à déterminer). Elle met l’accent
sur la mortalité plus basse observée chez les diabétiques de type 2
traités par metformine seule, en comparaison de ceux recevant
d’autres traitements visant à contrôler le l’hyperglycémie, mais
aussi en comparaison des non-diabétiques.
Dr Julie Perrot
Currie CJ et coll. : Mortality after incident cancer in people with and without type 2 diabetes. Diabetes Care 2012 ; 35 : 299-304.
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