La maladie cœliaque n’a été considérée que récemment comme une
pathologie affectant les personnes âgées. Qu’enseigne la
comparaison entre formes cliniques de populations d’âge différent
?
Au total, 1 225 patients diagnostiqués dans un centre de référence
italien de 1990 à 2010 ont été répartis en 2 cohortes en fonction
de l’âge au diagnostic de maladie cœliaque : groupe A pour les 65
ans et plus (n = 59), et groupe B pour les 18-64 ans (n = 1 166).
Les 65 ans et plus représentait 5 % des patients. Le sex ratio
(près de 3 femmes pour 1 homme) était similaire dans les 2 groupes.
En revanche, l’IMC du groupe A (22,5 ± 4,3) différait
significativement de celui des 18-34 ans (21,7 ± 3,2).
Au diagnostic, la perte de poids et la dyspepsie étaient plus
fréquentes chez les sujets plus âgés (respectivement 37 % et 22 %
versus 21 % et 12 %) ; le météorisme était en revanche plus rare.
Les autres signes physiques étaient similaires dans les 2 groupes.
La prévalence de l’ostéoporose masculine était de 67 % chez les
plus vieux versus 14 % chez les plus jeunes ; les chiffres
correspondants chez les femmes étant de 70 % versus 9 % (p <
,001).
Les anticorps anti-transglutaminase et/ou endomysium étaient
positifs chez 90 % des personnes du groupe A et chez 89 % des plus
jeunes. Les lésions histologiques étaient comparables (Marsh III
chez 82 % des sujets du groupe A et 88 % de ceux du groupe B).
Sévérité des lésions histologiques et ostéodensitométrie
lombo-sacrée étaient corrélées.
La pathologie la plus fréquemment associée à la maladie cœliaque
était la thyroïdite. La prévalence des lymphomes malins non
hodgkiniens (LMNH) était de 5 % dans le groupe A versus 0,3 % dans
le groupe B. Les taux d’hémoglobine, d’albumine, de calcium et de
vitamine D du groupe A étaient significativement inférieurs à ceux
du groupe B, alors que ceux d’IgA étaient plus élevés.
Au bout de 30 mois, l’effet du régime sans gluten a été évalué chez
43 sujets du groupe A et 944 sujets du groupe B. L’IMC a augmenté
dans les 2 groupes, significativement dans le groupe B. Les
symptômes ont disparu ou diminué chez 69 % des sujets du groupe A
et 95 % des sujets du groupe B, amélioration et diminution des taux
d’anticorps ont été rapportées dans les mêmes proportions (comme
les variations des IgA et de l’albumine). Quatre-vingt-neuf pour
cent des sujets du groupe A et 93 % de ceux du groupe B n’ont pas
fait d’entorse au régime sans gluten. La structure des villosités
duodénales a été normalisée dans 79 % des cas dans le groupe A et
82 % des cas pour le groupe B. Les T-scores lombo-sacrés ont
augmenté significativement.
La forte prévalence du LMNH chez les sujets les plus âgés
pourrait s’expliquer par le recrutement hospitalier. Par ailleurs,
il ressort de cette étude que Le régime sans gluten peut être bien
géré quel que soit l’âge et est histologiquement efficace chez les
personnes âgées, même si les symptômes ont été moins soulagés
(syndrome fonctionnel associé, dépression, perception d’un mauvais
état de santé). La perte de poids reflèterait davantage la
dyspepsie qu’une malabsorption sévère. L’âge n’aggraverait que
faiblement le risque osseux de la maladie cœliaque. En l’absence de
groupe contrôle, il n’a pas été possible de déterminer si les
différences biologiques n’étaient dues qu’au vieillissement.
L’apparition de signes gastro-intestinaux chez les plus de 50
ans doit faire rechercher une maladie cœliaque, dont la
présentation reste homogène quel que soit l’âge. Ce dernier ne doit
pas représenter un frein à la mise en place d’un régime sans
gluten.
Dr Anne Bourdieu
Casella S et coll. : Celiac diseases in elderly adults: clinical, serological, and histological characteristics and the effect of a gluten-free diet. J Am Geriatr Soc 2012 ; 60 : 1064-1069.
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