Les glucocorticoïdes sont largement utilisés en rhumatologie.
Pourtant, ils sont associés à de nombreux effets secondaires
nécessitant un savant calcul bénéfices/risques de la part du
prescripteur. Il est d’usage de dire que les effets secondaires
sont doses et durée dépendants, cependant, malgré 60 ans
d’utilisation, certains points restent obscurs. En particulier,
l’utilisation des corticoïdes dans la polyarthrite rhumatoïde (PR)
qui value un prix Nobel à Kendall, Rechstein et Hench date de 1950,
à une époque où les exigences thérapeutiques en termes d’efficacité
et de sécurité étaient différentes. Depuis, même s’il y a eu de
nombreuses études, et s’il reste peu de doutes quant au danger de
fortes doses, la sécurité d’une corticothérapie faible dose reste
mal connue et les probabilités de survenue d’effets secondaires
différent selon les patients. La pertinence de l’utilisation des
corticoïdes reste source de vastes débats dans la littérature
médicale et leur prescription est variable géographiquement et d’un
médecin à l’autre.
Le manque d'informations claires s'étend du diabète à la
cataracte en passant par le glaucome, le gain de poids,
l'hypertension artérielle, les maladies cardiovasculaires,
l'insuffisance surrénale. Les données de sécurité pour d'autres
préparations, telles que les injections intra-articulaires de
glucocorticoïdes, sont encore plus éparses. Il existent en effet
peu de revues de la littérature ou de méta-analyses concernant la
sécurité des glucocorticoïdes et, lorsqu'elles existent, il y a
souvent un biais du à l'hétérogénéité des populations étudiées, des
définitions et des méthodes utilisées.
Les récentes « guidelines » proposent au praticien d’évoquer puis
de discuter avec le malade des éventuels effets secondaires avant
de débuter une corticothérapie. La tâche s’avère particulièrement
ardue.
.
En effet, après avoir estimé la probabilité d'un effet secondaire,
le patient doit comprendre ce que cela signifie pour lui. Comment
se sentira-t-il s’il est répondeur ? » Pourra-t-il vivre avec la
peau fine ? Combien de poids va t-il prendre, combien de temps
va-t-il utiliser ce traitement et que se passera-t-il en cas de
progression des dommages structuraux ? »
Même si nous connaissons la proportion des malades qui ont une
amélioration de 70 % des symptômes, il peut être difficile pour le
malade de savoir ce que représente « une amélioration de 70 % ». Le
malade risque de refuser un traitement parce que sa perception des
conséquences diffère de la réalité.
Médecins et patients peuvent arriver à des conclusions
différentes au sujet du traitement après avoir examiné les mêmes
probabilités et la nature des avantages et des inconvénients. Et
cela peut avoir un impact sur la relation médecin malade.
Une recherche soigneusement effectuée pourrait faire la lumière
sur ces nombreuses incertitudes vieilles de 60 ans et permettre une
meilleure prise de décision thérapeutique conjointe avec le
malade.
Dr Juliette Lasoudris Laloux
Dixon WG et coll. : Understanding the side effects of glucocorticoid therapy : shining a light on a drug everyone thinks they know. Ann Rheum Dis 2012. Publication avancé en ligne le 31 juillet 2012.
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