Différentes études ont associé à l’augmentation de la fréquence
cardiaque de repos (FCR) un accroissement du risque de décès et de
malade cardiovasculaire (MCV), tant chez les sujets en bonne santé
apparente que chez ceux ayant une MCV (HTA, maladie coronarienne,
insuffisance cardiaque). Le lien entre FCR et MCV ayant été l’objet
d’une attention relativement moindre chez le diabétique (le diabète
doublant pourtant la mortalité et le risque de toute une gamme de
complications vasculaires), des auteurs français ont évalué la
relation entre FCR et complications à long terme, cardiovasculaires
et rénales, chez les patients atteints de diabète de type 2
(DT2).
C’est auprès des membres de la cohorte SURDIAGENE, suivis depuis
2002, au CHU de Poitiers, afin d’identifier les déterminants
génétiques et environnementaux des complications micro- et
macrovasculaires du DT2, que A. Miot et coll. ont mené la présente
étude, prospective, monocentrique.
La fréquence cardiaque a été déterminée sur ECG. Le critère
d’intérêt principal de l’étude était un item composite, ajusté sur
la mortalité de cause non cardiovasculaire, de morbi-mortalité
cardiovasculaire et rénale, comprenant les décès de cause
cardiovasculaire, les infarctus du myocarde et/ou les AVC
non-fatals, les hospitalisations pour insuffisance cardiaque, la
mise en œuvre d’un traitement de substitution rénale. Le critère
secondaire, rénal, composite lui aussi, ajusté sur la mortalité
toutes causes, comprenait le traitement de substitution rénale ou
le doublement du taux de créatinine sérique de départ.
À l’inclusion, la population étudiée, comptait 1 088 patients
(58 % d’hommes), vivant dans la région de Poitiers, indemnes de
néphropathie non diabétique, atteints de DT2, âgés de 65,14 ± 10,61
ans en moyenne, dont 11 % étaient fumeurs. L’IMC moyen était de
30,93 ± 6,03 et le DT2 était connu depuis 14,93 ± 10,07 ans. Le
taux d’hémoglobine glyquée (HbA1c) était en moyenne de 7,87 ± 1,53
%, la créatininémie de 101,61 ± 74,24 µmol/l, et la FCR en moyenne
de 70,98 ± 13,58 bpm. Parmi ces patients, 31 % avaient, à
l’inclusion, des antécédents de MCV et 34 % des antécédents de
néphropathie.
Sur un suivi médian de 4,2 ans, le critère d’intérêt principal, de
morbi-mortalité cardiovasculaire et rénale, a été le fait de 253
patients (23 %), soit un taux d’incidence cohorte entière de 59,5
p. 1 000 sujets-années (intervalle de confiance à 95 % de 52,2 à
66,8 p. 1 000 sujets-années). Ce taux d’incidence était de 104,3 p.
1 000 sujets-années (85,8-122,8 p. 1 000) dans le sous-groupe ayant
des antécédents de MCV à l’entrée dans l’étude, et de 42,5 p. 1 000
sujets-années (35,2-49,8) dans le sous-groupe indemne de tels
antécédents.
Le critère secondaire, rénal, a été le fait de 62 patients (6 %),
le taux d’incidence cohorte entière étant de 14 p. 1 000
sujets-années (10,5-17,5 p. 1 000). Les taux d’incidence étaient de
15,7 p. 1 000 sujets-années (8,8-22,6) dans le sous-groupe de
patients qui avaient à l’inclusion des antécédents de MCV et de
13,3 p. 1 000 sujets-années (9,3-17,4) dans celui alors sans
antécédents de MCV.
Dans le sous-groupe de patients à antécédents de MCV à l’inclusion
et ayant eu des complications du critère principal d’intérêt, la
FCR s’est avérée plus élevée que dans le groupe dont l’évolution
n’a pas été grevée de complications cardiovasculaires (72 ± 16 vs
65 ± 12 bpm ; p = 0,0002).
La FCR était plus élevée aussi chez les patients ayant initialement
des antécédents de MCV et ayant développé des complications rénales
du critère secondaire que chez ceux sans antécédents de MCV
initiaux (77 ± 13 vs 66 ± 12 bpm ; p < 0,0001).
Il n’a pas été observé de relation significative entre FCR et
complications cardiovasculaires et rénales, en l’absence
d’antécédents cardiovasculaires à l’inclusion.
Les auteurs de cette étude prospective (cependant non menée en
population générale, ne permettant pas la généralisation, et
n’ayant pas pris en compte l’existence d’une neuropathie autonome)
voient dans la mesure de la fréquence cardiaque de repos, un moyen
simple d’identifier les diabétiques de type 2 ayant une maladie
cardiovasculaire à risque accru de complications cardiovasculaires
et rénales à long terme. Les résultats appellent confirmation, et
l’impact des stratégies de réduction de la FCR sur le devenir
cardiovasculaire et rénal des patients reste à déterminer.
Dr Julie Perrot
Miot A et coll. : Prognostic value of resting heart rate on cardiovascular and renal outcomes in type 2 diabetic patients. Diabetes Care 2012. Publication en ligne le 18 juillet 2012. (doi: 10.2337/dc11-2468).
Copyright © http://www.jim.fr
 |
Vos réactions |