L’angiœdème, un effet secondaire rare mais grave, peut
apparaître précocement, dès les premières heures suivant la
prise d’un inhibiteurs du système rénine-angiotensine (SRA), voire
des années plus tard. Bien que l’on ait incriminé l’accumulation de
bradykinine, le mécanisme précis de sa genèse n’est pas
connu.
Parmi toutes les formes cliniques, 20 % des angiœdèmes mettent
en jeu le pronostic vital du fait de leur localisation au niveau du
larynx et des voies aériennes supérieures. En l’absence
d’intubation, ils sont alors mortels dans 20 % des cas et l’on
estime à 1 000, dans le monde, le nombre de décès annuels par
angioedème secondaire à la prise d’un inhibiteur du SRA.
La méta-analyse de H. Makani et coll. a tenté de
quantifier l’incidence de cet événement indésirable en
fonction de la prise de différents inhibiteurs du système
rénine-angiotensine.
La méta-analyse a été réalisée à partir de la revue
systématique de tous les essais cliniques prospectifs publiés entre
1980 et octobre 2011, ayant inclus plus de 100 patients suivis
pendant plus de 8 semaines, et ayant évalué l’action des
inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IEC), des
antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II (ARA II) ou des
inhibiteurs directs de la rénine (IDR).
La méta-analyse a ainsi porté sur un total de 47 essais
cliniques regroupant un peu plus de 115 000 patients à savoir : 26
essais (74 857 patients) menés sous IEC (suivi : 232 523
personnes/années) ; 19 essais (35 479 patients) menés sous ARA II
(suivi : 122 293 personnes/années) ; 2 essais (5 141 patients)
menés sous IDR (suivi : 1 735 personnes/années).
Dans une comparaison ‘’tête à tête’’ effectuée dans 7 essais, le
risque d’angiœdème était 2,2 fois plus élevé sous IEC que sous ARA
II (intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 1,5 à 3,3). En accord
avec les données de la littérature, le risque d’angiœdème sous IEC
était 2 fois plus fréquent chez les afro-américains que chez les
patients ayant la peau blanche.
Sous IEC et ARA II, l’incidence de l’angiœdème était
significativement plus importante dans les essais portant sur
l’insuffisance cardiaque, que dans ceux portant sur l’hypertension
artérielle ou la maladie coronaire, mais sans insuffisance
cardiaque (p < 0,0001).
L’incidence pondérée de l’angiœdème était de 0,30 % sous IEC
(IC95 de 0,28 à 0,32) ; 0,11 % sous ARA II (IC95 de
0,09 à 0,13) ; 0,13 % sous IDR (IC95 de 0,08 à 0,19) ;
et 0,07 % sous placebo (IC95 de 0,05 à 0,09).
En conclusion, sous ARA II et IDR, l’incidence de l’angiœdème
s’est avérée être moitié moindre de celle observée sous IEC et
n’était pas significativement différente de celle notée sous
placebo. Sous IEC et ARA II, son incidence était significativement
plus élevée en présence qu’en l’absence d’insuffisance
cardiaque.
Dr Robert Haïat
Makani H et coll. : Meta-analysis of randomized trials of angioedema as an adverse event of renin–angiotensin system inhibitors. Am J Cardiol 2012 ; 110 : 383–391.
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