La chirurgie bariatrique a prouvé son efficacité pour la perte de
poids des personnes présentant une obésité morbide, améliorant
aussi les comorbidités. L’une des contreparties de cette chirurgie
est toutefois son impact sur le remodelage osseux, comme l’ont
montré les dosages des marqueurs de la résorption osseuse et de la
densité minérale osseuse chez les patients ayant subi ce type
d’intervention. Aucune étude ne s’était pourtant penchée jusqu’à
présent sur les conséquences de ces effets osseux en terme de
risque fracturaire.
Une équipe du Royaume Uni s’est intéressée à la question et a
réalisé une étude rétrospective de cohorte, incluant 2 079 patients
dont l’IMC (Indice de Masse Corporelle) était supérieur à 30 et qui
avaient subi une intervention de chirurgie bariatrique. Ils étaient
comparés à 10 442 patients, obèses eux aussi, mais n’ayant pas subi
d’intervention.
Pendant le suivi, de 2,2 ans en moyenne, il n’apparaît aucune
augmentation du risque de fracture, ostéoporotique ou non, chez les
patients opérés, comparés aux non opérés (8,8 vs 8,2 pour 1000
patients-années, soit un RR [risque relatif] ajusté de 0,89 ;
intervalle de confiance à 95 % de 0,60 à 1,33). Notons toutefois
une tendance à une augmentation du risque dans les 3 à 5 ans
suivant la chirurgie, mais les valeurs constatées ne sont pas
statistiquement significatives. Comme n’est pas non plus
significative la tendance à une augmentation du risque chez les
personnes ayant les plus grandes pertes de poids.
Ce constat est plutôt rassurant, mais ne permet pas d’exclure un
effet sur le risque fracturaire à plus long terme, et la vigilance
paraît devoir être maintenue au long cours. Les deux types de
procédures chirurgicales sont en cause.
Les procédures dites restrictives (anneau gastrique, gastroplastie
longitudinale) s’accompagnent d’une augmentation de la résorption
osseuse (comme d’ailleurs toutes les autres formes de pertes de
poids), par la diminution des taux d’oestrogènes circulants et la
baisse de la leptine.
Quant aux procédures chirurgicales visant une malabsorption
intestinale (by pass, dérivation bilio-pancréatique), leur impact
sur le remodelage osseux se fait par la malabsorption du calcium et
de la vitamine D et l’hyperparathyroïdie secondaire.
Dr Roseline Péluchon
Lalmohamed A et coll. : Risk of fracture after bariatric surgery in the United Kingdom : population based, retrospective cohort study.
BMJ 2012 ; 345 : e5085.
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