Une récente méta-analyse a contredit l'idée généralement admise
que les acides gras saturés (AGS) favorisent les maladies
cardiovasculaires (MCV). En outre, la protection conférée par les
AG polyinsaturés, notamment de la famille des oméga 6, a été remise
en question par certains chercheurs. Une nouvelle étude cas témoin
(étude nichée au sein d'une cohorte) soutient la "réputation
classique" des AG. Les auteurs ont sélectionné, au sein de la
cohorte européenne EPIC-Norfolk (25 639 sujets examinés entre 1993
et 1997 et suivis jusqu'en 2009), 2 424 hommes et femmes ayant
souffert d'une coronaropathie. Il les ont appariés à 4 930 témoins
indemnes de MCV pour analyser la relation entre la concentration
plasmatique des AG associés aux phospholipides et le risque
coronaire.
La concentration des AG totaux n'était pas associée au risque de
coronaropathie. En revanche, après ajustement sur les taux des
autres AG et sur les facteurs confondants (IMC, tabagisme, CRP,
niveau social, diabète, pression artérielle systolique), les sujets
ayant un taux plasmatique élevé d'AGS avaient un risque augmenté
d'environ 75 % d'avoir une maladie coronaire (OR [odds ratio] =
1,75 dans le quartile supérieur vs le quartile inférieur des
concentrations d’AGS). Un ajustement supplémentaire sur la
cholestérolémie réduisait l'intensité de cette association, ce qui
est en faveur d'un effet délétère des AGS essentiellement médié par
leur action hypercholestérolémique. A l'inverse des AGS, un taux
plasmatique élevé d'oméga 6 reflétait un risque diminué de
coronaropathie (réduction d'environ 25 % dans le quartile supérieur
par rapport au quartile inférieur de la concentration des oméga
6).
Une analyse plus détaillée montre que parmi les AGS, ce sont les
taux des molécules à nombre impair de carbone et particulièrement
les acides stéarique et palmitique qui sont associés positivement
au risque de coronaropathie. A l'inverse, une concentration
plasmatique élevée des AGS à nombre pair de carbone (qui sont
fournis par les matières grasses laitières) était le reflet d'un
moindre risque coronaire. Dans cette étude, ni la concentration des
oméga 3, ni celle des AG monoinsaturés, n'étaient associée au
risque coronaire.
Les auteurs insistent sur l'intérêt méthodologique de considérer
les concentrations plasmatiques détaillées des AG, plutôt que les
réponses à des auto-questionnaires, pour avoir un reflet des
apports alimentaires en graisses. On doit toutefois rappeler que
les AG subissent d'importants remaniements métaboliques et qu'il
est donc incorrect de considérer les taux plasmatiques d'AG comme
un reflet parfait de leurs apports alimentaires.
Comme le soulignent les auteurs, cette étude conforte l'idée
qu'un remplacement des AGS par des oméga 6 réduit le risque de MCV.
Bien sûr, comme cela apparaît dans ce travail, et comme le précise
le texte des nouveaux ANC (apports nutritionnels conseillés) pour
la population française, les AGS sont une classe hétérogène de
molécules dont certaines sont délétères, et d'autres, peut-être
protectrices. Les preuves de l'intérêt clinique de cette
distinction des AGS restent toutefois minces.
En pratique, on peut donc se demander s'il faut distinguer les
bons des mauvais AGS lors de la prescription diététique. Chacun se
fera son idée sur le sujet en tenant compte des niveaux de preuves
actuels et du risque que représente la complexification des
messages nutritionnels délivrés aux patients.
Dr Boris Hansel
Khaw KT et coll. : Plasma phospholipid fatty acid concentration and incident coronary heart disease in men and women: The EPIC-Norfolk Prospective Study. PLoS Med 2012 Jul ; 9 (7) : e1001255.
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Vos réactions |
Quelle qualité scientifique pour cet article ?
Le 21 août 2012
Vous connaissez les AGS à nombre impaire de carbonne? Car, moi j'ai apris dans mes études que l'acide stéarique c'est 18C et l'acide palmitique c'est 16C!
Ne pas du tout aborder le probleme du rapport omega 6/omega 3 dans les risques cardio vasculaire me semble simplement être une recherche en retard d'au moins 10 ans car on sait aujourd'hui que le rapport idéal protecteur doit être de 4.
Bref effectivement il ne faut peut etre pas trop se fier à cet article et plutot considérer les recommandation en place telles que priviligier les oméga 3 dans l'alimentation (et non en supplementation!)ce qui veut dire qu'on ne remplace pas le beurre par l'huile de tournesol soja, pepin de raisin, sésame (omega6)comme je vois encore sur des regimes prescrit par certain de mes confrères mais par de l'huile de colza et huile de lin (oméga 3). Et on garde l'huile d'olive (oméga9) pour les polyphénols.
Dr C Gallon
180 degrés toute
Le 27 août 2012
Seul les AGS laurique, myristique, palmitique sont corrélés au risque cardiovasculaire (rapport afssa 2011). Certains AGS à courtes chaines seraient même protecteurs...c'est dire la complexité du problème. Mais ce qui est réjouissant sont les recommandations d'augmenter les apports lipidiques, ce qui va contrarier les phobiques du "gras".
Christian Trape
Une confirmation
Le 27 août 2012
Je confirme qu'il existe bien des acides gras saturés à nombre impair de carbone. Vous pouvez consulter la nomenclature, par exemple dans cet article.
http://www.facmv.ulg.ac.be/amv/articles/2004_148_3_03.pdf
Dr Boris Hansel
AG à nombre impair
Le 28 août 2012
Oui, je me suis mal exprimé. Il existe des AG à nombre impair de carbone mais ni l'acide palmitique ni l'acide stéarique comme c'est suggéré dans la phrase : "Une analyse plus détaillée montre que parmi les AGS, ce sont les taux des molécules à nombre impair de carbone et particulièrement les acides stéarique et palmitique qui sont associés positivement au risque de coronaropathie".
Cependant il est bien de crier haut et fort qu'il faut arrêter de faire manger de l'huile de palme à tous les français (trouver un produit sans, réduit drastiquement le nombre de rayon où l'on passe pour faire ses courses) Mieux vaux donc un biscuit pur beurre qu'à base de "matière grasse végétale" qui est à coup sur de l'huile de palme...
Même s'il faut peut être mieux pas de biscuit tout court...
Et je maintient l'importance primordiale du rapport oméga 6/oméga 3!
Dr C. Gallon
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