Il a été démontré que, d’une façon générale, un exercice intense
pouvait s’accompagner d’une élévation des troponines cardiaques
(Tn) I ou C. Il en est ainsi au cours du marathon, comme l’a montré
la méta-analyse de Regwan (1) portant sur des sujets adultes.
Les données intéressant les marathoniens jeunes sont beaucoup
plus rares et hétérogènes, limitées habituellement aux seuls sujets
de sexe masculin étudiés sur des distances n’excédant pas 21
km.
L’étude de Traiperm et coll. est la première à avoir porté sur 40
adolescents marathoniens des 2 sexes (20 hommes, 20 femmes) âgés de
13 à 17 ans (âge moyen pour les hommes de 16,7 +/-0,5 et pour les
femmes de 14,7 +/- 1,3 ans) dont 37 ont parcouru l’intégralité des
42,2 km réglementaire de l’épreuve en un temps moyen de 4 heures 53
minutes.
Les taux de TnC et de TnI ont été mesurés avant,
immédiatement après, et 24 heures après l’épreuve.
-Immédiatement après la course, les taux de TnC et/ou TnI étaient
> à la limite supérieure (respectivement à 0,01 et 0,1 ng/ml)
chez 30 des 37 participants. Chez 3 d’entre eux, les taux des
troponines étaient encore plus élevés (> 0,1 et > 0,5
ng/ml, respectivement pour la TnC et la TnI) atteignant alors les
taux de référence de l’infarctus aigu du myocarde. L’élévation
moyenne du taux des troponines était semblable dans les 2
sexes.
-Vingt-quatre heures après la course, tous les taux des
troponines étaient revenus à la normale.
En conclusion, cette étude est la première à montrer que chez les
marathoniens adolescents, les taux des troponines cardiaques
s’élèvent pendant la course de façon similaire dans les 2 sexes,
rejoignant en cela les constatations faites chez les marathoniens
adultes. La normalisation rapide des taux des troponines après la
course semble bien indiquer que cette élévation traduit davantage
une réponse physiologique que pathologique ; elle serait plus liée
à la simple fuite transmembranaire du composant cytosolique de la
troponine cardiaque sans nécrose myocardique qu’à une véritable
rupture de la protéine contractile.
D’ailleurs, des données récentes basées sur la résonance
magnétique nucléaire (2) ont montré que l’élévation du taux des
troponines cardiaques n’était pas la conséquence d’une altération
myocardique.
Cependant, tout n’est malheureusement pas si simple, et on ne
saurait oublier que dans une étude plus ancienne des élévations
significatives des taux de troponine ont pu s’accompagner, chez des
athlètes de triathlon, de signes échocardiographiques de
dysfonction ventriculaire gauche.
Il est ainsi probable que d’autres études seront nécessaires
pour élucider le mécanisme exact de l’élévation des taux de
troponine chez les jeunes marathoniens et pour évaluer surtout leur
signification sur le long terme.
Dr Robert Haïat
Traiperm N et coll. Cardiac Troponins in Young Marathon Runners. Am J Cardiol 2012 ; 110 : 594 –598.
(1)Regwan, J Interv Cardiol 2010 ; 23 : 443–450.
(2)Trigard, J Appl Physiol 2010 ; 108 : 1148 –1153.
(3)Rifai, Am J Cardiol 1999 ; 83 : 1085–1089.
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Vos réactions |
Une précision sur le dosage des troponines
Le 20 août 2012
Juste un commentaire sur les appélations et les isoformes dosables de troponine. en fait le "c" Tnc signifie qu'il s'agit d'une isoforme cardiaque de troponine.
Sont dosables aujourd'hui 2 isoformes de Tnc (on parle donc bien de dosages cardiospécifiques): la TnTc et la TnIc. Aucun dosage de troponine musculaire n'est disponible en routine (aucun interet clinique). Seules les troponines cardiaques le sont, ce qui explique que l'on parle le plus souvent de TnT ou de TnI en supprimant le "c", sous entendu que cette isoforme "T" ou "I" est forcemcement celle issue du coeur et différente de celles des muscles périphériques (les épitopes de reconnaissance sont séléctionné pour être spécifique des isoformes cardiaques).
Il est important de préciser que la normalité du taux de troponine se définie maintenant d'après le 99e percentile d'une population de référence, et que ce 99e percentile est différent pour tous les dosages (isoforme I ou T) et que pour la I, les dosages ne sont pas standardisés : ces valeurs de références sont différentes d'un fournisseur à l'autre. Il est préférable de parler en multiple du 99e percentile pour "standardiser" un peu les choses, ou alors de préciser de quel type de trousse (fournisseur / analyseur) il s'agit et son seuil.
En conclusion, je pense que quand il est fait mlention de TnC en comparaison à la TnI, il s'agit en fait de TnTc, versus TnIc, mais il faudrait préciser quelle TnI et quels sont les 99e percentiles (valeurs de référence) de ces méthodes, qui de plus évoluent vers des dosages Hypersensibles.
Merci pour cet article très interessant.
Nicolas Zeitoun
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