En croisant sur PubMed les mots-clefs « schizophrénie
», « psychose », « exacerbation menstruelle » et
« hormones », le Dr Mary V. Seeman (une psychiatre
canadienne exerçant à l’Université de Toronto) a consacré une
recherche dans la littérature médicale au thème de l’aggravation
récurrente de la symptomatologie chez la femme schizophrène en âge
de procréer.
Cette exacerbation des troubles psychotiques en période
prémenstruelle concerne une « importante minorité » (environ 20 à
30 %) des femmes schizophrènes et il est important pour le
psychiatre de faire préciser par la patiente quels types de
troubles se trouvent surtout affectés par cette majoration
cyclique, car cela peut orienter la conduite thérapeutique :
privilégier les anxiolytiques ou les antidépresseurs, augmenter
périodiquement la posologie des neuroleptiques, introduire un
modulateur sélectif des récepteurs aux œstrogènes, un inhibiteur de
l’ovulation…
Il faut aussi différencier une réelle majoration
(vraisemblablement hormono-dépendante) des troubles psychotiques
chez une femme non ménopausée d’une « relativement rare »
psychose « périodique » ou « menstruelle. » La controverse
persiste d’ailleurs pour savoir si « les périodes du mois où
les taux d’œstrogènes sont plus faibles » sont associées
effectivement à une aggravation des symptômes de schizophrénie, ou
s’il faut attribuer plutôt ce phénomène à une superposition
clinique de la psychose et d’un éventuel « trouble dysphorique
prémenstruel » où certains voient au contraire un exemple de «
disease mongering. » Qualifiée aussi de « stratégie de
Knock », cette démarche permettrait à un corps médical cupide
de « façonner » à sa guise de nouvelles «
maladies », pour assurer à son profit l’extension
fructueuse du « Triomphe de la médecine », comme dit Jules
Romains.
En l’absence d’études formelles pour trancher la question de ce
« trouble dysphorique prémenstruel », l’auteur conseille aux
médecins de déterminer « au cas par cas » la meilleure
option thérapeutique : cibler préférentiellement la dysthymie
caractérisant ledit « trouble dysphorique prémenstruel »,
augmenter les neuroleptiques en période prémenstruelle, tenter une
hormonothérapie (œstrogènes ou combinaison œstro-progestative)
associée aux neuroleptiques…
Dr Alain Cohen
Seeman MV : Menstrual exacerbation of schizophrenia symptoms. Acta Psychiatrica Scandinavica 2012 ; 125 : 363–371.
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