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Le taux des D-Dimères, prédictif du pronostic pour les patients cancéreux

Publié le 20/08/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Il y a de nombreuses années déjà, des études expérimentales ou cliniques ont mis en évidence une association entre cancer et hémostase. Ainsi une activation de la coagulation entraînant un état prothrombotique est-il souvent observé chez les patients cancéreux en dehors même de la survenue de complications thromboemboliques veineuses. La thrombine est l’enzyme-clé de la coagulation qui aboutit à la transformation du fibrinogène en fibrine, constituant du caillot sanguin. Les cellules tumorales possèdent une forte activité procoagulante qui induit une activation locale de la coagulation avec dépôt de fibrine ce qui a un rôle important dans la formation du stroma tumoral et dans la dissémination hématogène des cellules tumorales. L’interaction entre la fibrine, les plaquettes, les cellules tumorales aboutit à la formation d’agrégats qui favorisent l’adhésion endothéliale et la dissémination métastatique aussi bien que la croissance et la survie tumorale. Enfin les produits de dégradation de la fibrine par eux mêmes ont une forte activité proangiogénique.

Les D-Dimères sont les produits de dégradation de la fibrine après action protéolytique par la plasmine. Le taux des D-Dimères est mesuré de façon courante en investigation clinique par réaction immunologique : il constitue un marqueur global de l’état d’activation de l’hémostase et par voie de conséquence de la fibrinolyse. Le taux des D-Dimères est ainsi augmenté au cours de la survenue d’une thrombose veineuse mais il est aussi augmenté dans d’autres situations cliniques reflétant un état préthrombotique : états cancéreux, grossesses, maladies infectieuses, traumatismes, chirurgies…Récemment dans des séries comportant un nombre restreint de patients, il a été montré que l’augmentation du taux des D-Dimères pouvait être prédictif de la survenue d’une complication thrombotique veineuse chez les patients cancéreux ; il a aussi été montré là encore dans des petites séries de patients atteints de cancer mammaire, colorectal ou pulmonaire qu’une activation de la coagulation plus importante était constatée chez les patients à un stade avancé de leur tumeur avec un pronostic plus sévère. Ainsi les auteurs de cet article ont voulu déterminer dans une série prospective concernant un nombre élevé de patients atteints de différents types de cancer si le taux des D-Dimères marqueur global de l’hémostase et de la fibrinolyse pouvait constituer un test prédictif du pronostic.

Cette étude a comporté 1 178 patients ; le délai d’observation médian était de 731 jours ; 829 patients (70,4 %) avaient une tumeur solide tandis que 148 (12,6 %) avaient une tumeur cérébrale et 201 (17 %) une hémopathie maligne. A l’inclusion dans l’étude, 414 patients avec une tumeur solide présentaient des métastases. Au total pour 627 (53,2 %) des malades cancéreux le diagnostic était récent tandis que pour 551 (46,8 %) il s’agissait d’une affection de plus longue durée en phase de rémission complète ou partielle. Pendant l’étude, 474 patients (39 %) sont décédés. Une complication veineuse thrombotique est survenue chez 91 patients (7,7 %).

Dans la population globale, le taux médian des D-Dimères était de 710 ng/ml (340-1 330). Ce taux était identique en cas de tumeur cérébrale (gliome de haut grade de malignité) et il était de 590 ng/ml (340-1090) en cas d’hémopathie maligne. Parmi les patients porteurs de tumeur solide, le taux était plus élevé chez ceux qui présentaient des métastases par rapport à ceux sans métastase : 990 ng/ml (550-2 010) versus 500 ng/ml (340-910). Les patients qui sont décédés au cours de l’étude avaient à l’état basal un taux des D-Dimères plus élevé que les autres : 1 080 (590-2 120) versus 710 (340-1 330). L’étude de la survie plus précisément a montré qu’une élévation du taux des D-Dimères était associée de façon significative à une survie diminuée (log-rank test p <0,001). Les sujets ont été divisés en 4 groupes en fonction de leurs taux de D-Dimères (taux normaux, taux augmentés se répartissant dans le premier, deuxième ou troisième quartiles) ; les analyses de type Kaplan-Meier ont montré que la probabilité de la survie globale diminuait avec le taux des D-Dimères ; ainsi à un an les patients des 1er, 2ème, 3ème ou 4ème groupe avaient respectivement une survie de 88 %, 82 %, 66 % et 53 % tandis qu’à 2 ans cette survie avait encore diminué pour être de 78 %, 66 %, 50 % et 30 % (p <0,001). L’étude de régression univariée a montré que le taux de mortalité augmentait de 1,5 (1,4 -1,6) à chaque doublement du taux des D-Dimères (p<0,001) et ce résultat était identique, significativement statistique dans l’analyse multivariée prenant en compte les sous-groupes de patients (porteurs de tumeur solide avec ou sans métastases, porteurs de tumeur cérébrale ou d’hémopathie maligne) prenant en compte l’âge, le sexe ou la survenue de complications thromboemboliques veineuses.

Ainsi il s’agit de la première étude prospective portant sur un grand nombre de patients présentant différents types de tumeurs solides ou une hémopathie maligne chez qui il a pu être montré que le taux des D-Dimères est un facteur pronostic entraînant une diminution de la survie. Les travaux épidémiologiques préalables et cette étude montrent aussi que la survenue d’une complication thromboembolique veineuse est un facteur de mauvais pronostic puisque le taux de mortalité est alors augmenté d’un facteur de 3,2. Le caractère prédictif d’un mauvais pronostic de l’élévation du taux des D-Dimères est cependant indépendant de la survenue d’une complication thromboembolique veineuse ; dans cette étude il a été également montré que la valeur prédictive sur le pronostic du taux des D-Dimères était indépendante de la présence ou non de métastases.

La mesure du taux des D-Dimères se fait de façon courante en investigation clinique. Si les résultats de cette étude sont confirmés par d’autres études, la mesure du taux des D-Dimères pourrait constituer un test prédictif et sa mesure séquentielle chez des patients pourrait permettre d’évaluer l’efficacité des traitements anti cancéreux ; ces données pourraient également être un argument pour l’utilisation concomitante de traitements antithrombotiques. Enfin il faudrait comparer l’évolution du taux des D-Dimères à celle d’autres marqueurs pronostiques comme la protéine C réactive (CRP) ou le taux de P-selectine soluble (marqueur d’activation plaquettaire et endothéliale vasculaire).



Dr Sylvia Bellucci


Ay C et coll. : High D-dimer levels are associated with poor prognosis in cancer patients. Haematologica 2012; 97: 1158-1164.




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