La présence de Candida spp dans les voies aériennes des
patients sous ventilation assistée pourrait favoriser le
développement de pneumonies et aggraver leur pronostic. Une équipe
du CHU de Dijon a ainsi examiné le rôle d’une colonisation fungique
dans l’apparition des pneumonies acquises sous ventilation invasive
(PAV).
L’étude prospective et observationnelle s’est déroulée entre
janvier 2006 et mai 2010. Tous les patients sous ventilation
invasive depuis plus de 48h et suspects de PAV ont été inclus. Seul
le premier épisode de PAV a été pris en compte. Une aspiration
trachéale a été prélevée dans les 24 heures suivant la suspicion
clinique de PAV et ensemencée sur milieux standard et
spécifiques.
Au total, 323 patients suspectés de PAV ont été analysés parmi
lesquels 181 (56 %) sont colonisés par des Candida. Candida
albicans est l’espèce la plus fréquemment isolée (56 %) loin
devant C. glabrata (15 %) ou C. Krusei (7 %). Sur les 323 épisodes
suspects, 60,5 % sont considérées comme des PAV probables. Les
patients concernés se répartissent de façon équilibrée entre le
groupe avec une colonisation fungique des voies aériennes et le
groupe sans. Sur les cultures bactériennes positives (2/3 des cas
environ) les entérobactéries sont les germes les plus souvent
isolés : 25,1 % pour l’ensemble de la population étudiée,
avant P. aeruginosa (16,7 %) et S. Aureus (13,3 %). Aucune
candidémie n’a été observée tout au long de l’étude.
Aucune différence statistique n’a été mise en évidence entre les
patients avec colonisation fungique et ceux non colonisés
concernant les caractéristiques démographiques de base, le score de
gravité à l’admission, l’exposition antérieure aux antibiotiques et
la gravité de la pneumonie nosocomiale. Toutefois, le taux de
mortalité est plus élevé dans le groupe colonisé par des
Candida à 44,2 % contre 31 % dans le groupe non colonisé (p =
0,02).
La fréquence d’isolement de bactéries multirésistantes est de
31,5 % chez les patients du groupe colonisé par rapport à 23,2 %
parmi ceux non colonisés (p = 0,13). En analyse multivariée, la
colonisation des voies aériennes par Candida spp est l'un des
facteurs de risque indépendant d'isolement d’une bactérie
multirésistante avec un odds ratio de 1,79 (intervalle de confiance
de 95 % de 1,5 à 3,5, p = 0,03). Un autre facteur de risque de ce
paramètre est le délai entre l'admission en soins intensifs et la
suspicion de PAV.
Chez les patients suspects de pneumonie acquise sous ventilation
assistée, la coexistence d’une colonisation à Candida apparaît donc
fréquente (plus d’un cas sur 2 dans ce travail). Elle est associée
à un surcroît d’infection par des bactéries multirésistantes et à
une augmentation de la mortalité. La colonisation fungique des
voies aériennes ne représente donc pas, comme on a pu le penser
auparavant, un phénomène anecdotique et sans conséquences.
Dr Béatrice Jourdain
Hamet M. et coll. : Candida spp. airway colonization could promote antibiotic-resistant bacteria selection in patients with suspected ventilator-associated pneumonia. Intensive Care Med., 2012; 38: 1272-9. DOI 10.1007/s00134-012-2584-2.
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