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La colonisation des voies aériennes par des Candida est loin d’être anecdotique pour le patient sous ventilation assistée !

Publié le 21/08/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

La présence de Candida spp  dans les voies aériennes des patients sous ventilation assistée pourrait favoriser le développement de pneumonies et aggraver leur pronostic. Une équipe du CHU de Dijon a ainsi examiné le rôle d’une colonisation fungique dans l’apparition des pneumonies acquises sous ventilation invasive (PAV).

L’étude prospective et observationnelle s’est déroulée entre janvier 2006 et mai 2010. Tous les patients sous ventilation invasive depuis plus de 48h et suspects de PAV ont été inclus. Seul le premier épisode de PAV a été pris en compte. Une aspiration trachéale a été prélevée dans les 24 heures suivant la suspicion clinique de PAV et ensemencée sur milieux standard et spécifiques.

Au total, 323 patients suspectés de PAV ont été analysés parmi lesquels 181 (56 %) sont colonisés par des Candida. Candida albicans est l’espèce la  plus fréquemment isolée (56 %) loin devant C. glabrata (15 %) ou C. Krusei (7 %). Sur les 323 épisodes suspects, 60,5 % sont considérées comme des PAV probables. Les patients concernés se répartissent de façon équilibrée entre le groupe avec une colonisation fungique des voies aériennes et le groupe sans. Sur les cultures bactériennes positives (2/3 des cas environ) les entérobactéries sont les germes les plus souvent isolés : 25,1 % pour l’ensemble de la population étudiée, avant  P. aeruginosa (16,7 %) et S. Aureus (13,3 %). Aucune candidémie n’a été observée tout au long de l’étude.

Aucune différence statistique n’a été mise en évidence entre les patients avec colonisation fungique et ceux non colonisés concernant les caractéristiques démographiques de base, le score de gravité à l’admission, l’exposition antérieure aux antibiotiques et la gravité de la pneumonie nosocomiale. Toutefois, le taux de mortalité est plus élevé dans le groupe colonisé par des  Candida à 44,2 % contre 31 % dans le groupe non colonisé (p = 0,02).

La fréquence d’isolement de bactéries multirésistantes est de 31,5 % chez les patients du groupe colonisé par rapport à 23,2 % parmi ceux non colonisés (p = 0,13). En analyse multivariée, la colonisation des voies aériennes par Candida spp est l'un des facteurs de risque indépendant d'isolement  d’une bactérie multirésistante avec un odds ratio de 1,79 (intervalle de confiance de 95 % de 1,5 à 3,5, p = 0,03). Un autre facteur de risque de ce paramètre est le délai entre l'admission en soins intensifs et la suspicion de PAV.

Chez les patients suspects de pneumonie acquise sous ventilation assistée, la coexistence d’une colonisation à Candida apparaît donc fréquente (plus d’un cas sur 2 dans ce travail). Elle est associée à un surcroît d’infection par des bactéries multirésistantes et à une augmentation de la mortalité. La colonisation fungique des voies aériennes ne représente donc pas, comme on a pu le penser auparavant, un phénomène anecdotique et sans conséquences.



Dr Béatrice Jourdain


Hamet M. et coll. : Candida spp. airway colonization could promote antibiotic-resistant bacteria selection in patients with suspected ventilator-associated pneumonia. Intensive Care Med., 2012; 38: 1272-9. DOI 10.1007/s00134-012-2584-2.




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