Certains marqueurs sériques non traditionnels sont susceptibles
de contribuer à améliorer le contrôle glycémique à court terme.
C’est le cas de la fructosamine et de l’albumine glyquée (dont les
taux s’élèvent en cas d’hyperglycémie) et du 1,5-anhydroglucitol
(1,5-AG, dont le taux diminue lorsque la concentration de glucose
circulante augmente) qui peuvent aider à la surveillance du
contrôle glycémique chez le diabétique, notamment en cas
d’interprétation problématique du taux d’hémoglobine glyquée –
HbA1c (en cas d’anémie, d’hémolyse, de néphropathie, par exemple).
Cependant, l’intérêt de ces indicateurs ne se limiterait pas aux
seuls diabétiques connus, ils seraient peut-être aussi des
marqueurs de risque de diabète ultérieur. C’est ce que suggère une
étude conduite par des auteurs de la Johns Hopkins School of
Medicine (Baltimore) et de l’université du Minnesota, qui ont
évalué la relation, peu explorée jusque-là en population
initialement non diabétique, entre les taux sériques de
fructosamine, d’albumine glyquée, de 1,5-AG et le risque de devenir
diabétique.
Fructosamine, albumine glyquée et 1,5-anhydroglucitol
L’étude en question a été menée auprès de 1 299 sujets
participant à l’Atherosclerosis Risk in Communities (ARIC)
Study, indemnes de diabète auto-rapporté à l’inclusion (ni
diabète diagnostiqué par un médecin, ni prise de médicaments
anti-hyperglycémiants) en 2005-2006, chez lesquels les trois
indicateurs mentionnés ont été dosés.
Dans cette population d’étude (42 % d’hommes), âgée en moyenne
de 70,2 ± 0,2 ans, comptant 8 % de fumeurs, dont l’IMC moyen était
de 28,4 ± 0,2, la glycémie à jeun était en moyenne de 102,0 + 0,5
mg/dl et le taux moyen d’HbA1c de 5,6 ± 0,02 %. Le taux sérique
moyen de fructosamine était de 229,7 ± 0,7 µmol/l, celui d’albumine
glyquée de 13,6 ± 0,1 % et celui de 1,5-AG de 18,0 ± 0,2 µg/ml.
Sur un suivi médian de 3,3 ans (1,3 mois-5,7 ans), 119 cas
incidents de diabète ont été recensés.
Après ajustements (sur l’âge, le sexe, l’ethnie, l’IMC, la
pression artérielle systolique moyenne, la cholestérolémie totale,
les antécédents familiaux de diabète, le statut tabagique),
l’analyse associe au quartile des plus hautes concentrations de
fructosamine (241,4-463,4 µmol/l) et d’albumine glyquée (14,5-34,8
%), en comparaison du quartile le plus bas (respectivement
163,1-216,1 µmol/l et 9,7-12,6 %), un risque significativement
accru de diabète [ratios de risque respectivement de 3,99 ;
intervalle de confiance à 95 % : 1,93-8,28 et 5,22 (2,49-10,94) ; p
< 0,001 pour ces comparaisons]. Le risque de diabète allait
croissant, selon une relation dose-réponse, avec les quartiles de
concentrations de fructosamine et d’albumine glyquée.
Au quartile le plus élevé de concentration de 1,5-AG (22,1-39,5
µg/ml), en comparaison du plus faible (1,0-13,9 µg/ml), a été
associée une réduction significative du risque de diabète (0,27 ;
0,14-0,55 ; p = 0,002).
Les ajustements poussés sur la glycémie à jeun et sur le taux
d’HbA1c ont, pour les trois marqueurs, atténué les associations
observées, mais sans perte de leur significativité.
Cette étude est, selon ses auteurs, l’une des premières à
rapporter des associations entre taux initiaux de fructosamine,
d’albumine glyquée et de 1,5-anhydroglucitol en population non
diabétique et risque de diabète ultérieur, indépendamment de la
glycémie à jeun et du taux d’HbA1c à l’inclusion. Ces résultats
appellent confirmation à plus grande échelle et sur un suivi plus
long.
Dr Julie Perrot
Juraschek SP et coll. : Alternative markers of hyperglycemia and risk of diabetes. Diabetes Care, 2012; publication en ligne le 8 août (doi: 10.2337/dc12-0787).
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