La méthode de désinfection de l’eau des piscines la plus
répandue est la chloration qui entraîne la formation de dérivés
gazeux dont la trichloramine, principal suspect dans l’atteinte
respiratoire du personnel et des nageurs.
En Suède parmi 146 employés (dont 88 femmes) de 46 complexes
aquatiques couverts, 17 % ont rapporté des signes en rapport avec
le travail : toux sèche ou productive, enrouement, obstruction
nasale, irritation oculaire, rhinite, chloracné, eczéma, asthénie,
céphalée. Il s’agissait de 5 techniciens et 20 surveillants.
L’atteinte variait selon l’ancienneté : dans 31 % des cas les
sujets concernés étaient en poste depuis moins de 3 ans, dans 6 %
entre 4 et 7 ans, dans 22 % depuis plus de 7 ans (effet travailleur
sain ?). Six piscines regroupaient 64 % des travailleurs
symptomatiques (aucun cas dans 32 établissements).
La moyenne des niveaux de trichloramine dans l’air de 5 centres
à forte prévalence d’irritation des voies aériennes supérieures
(VAS) et de 4 indemnes a été mesurée à 0,2 mg/m3 (0,04 à 0,36),
légèrement plus élevée dans les bassins de loisirs mais sans que
cela soit statistiquement significatif. Seule une installation
avait un résultat supérieur aux recommandations de l’OMS (0,36
contre 0,3) mais sans plainte du personnel. Le niveau n’était pas
corrélé à la présence de signes respiratoires. La fraction expirée
de NO (FENO) moyenne de 39 employés était de 15 ± 13 ppb, sans lien
avec l’existence de symptômes. Trente-cinq d’entre avaient une FENO
dans la tranche des sujets sains (5-25 ppb), sans corrélation avec
la présence de signes ni le type d’installation.
Un lavage nasal a été pratiqué chez 5 travailleurs rapportant
des symptômes, 4 indemnes et 4 sujets contrôle. Aucune différence
significative n’est apparue pour les protéines totales, l’IL8
(seule cytokine détectable), SPLUNC1 et CC16 entre les employés
symptomatiques ou pas, ou les exposés et les contrôles. En
spectrométrie de masse, 3 protéines s’exprimaient différemment chez
les exposés : l’alpha1 antitrypsine (surtout sous forme glycosylée,
comme en cas de tabagisme ou de rhinite allergique) et la
lactoferrine, augmentées, et S100-A8, abaissée. L’effet était plus
marqué en cas d’irritation des VAS.
Une corrélation négative a été mise en évidence entre FENO et
SPLUNC1, protéine de liaison d’endotoxine.
Aucun lien n’a donc été mis en évidence entre les niveaux de
trichloramine, les signes fonctionnels, le FENO et les
caractéristiques des bassins. La croissance microbienne et leurs
endotoxines ont été suspectées à coté de la chloration. Le rôle
biologique des marqueurs potentiels identifiés joint à l’absence
d’augmentation de la chloramine plaident pour une participation des
bactéries.
Dr Anne Bourdieu
Fornander L et coll. : Airway irritation among indoor swimming pool personnel: trichloramine exposure, exhaled NO and protein profiling of nasal lavage fluids. Int Arch Occup Environ Health, 2012 ; publication avancée en ligne le 23 juin.
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