Si l’exposition au cadmium et celle au plomb ont été associées,
dans les travaux menés chez l’animal et ceux conduits en milieu
professionnel, à la survenue d’une perte auditive, peu d’études ont
concerné les effets de l’exposition environnementale à ces métaux
lourds en population générale. Des équipes de l’université du
Michigan viennent de pallier ce manque en évaluant, sur un
échantillon représentatif de la population générale non
institutionnalisée des États-Unis, au sein du National Health
and Nutrition Examination Survey (NHANES), la relation entre
hypoacousie et expositions au cadmium et au plomb.
C’est auprès de 3 698 adultes, âgés de 20 à 69 ans, participant
au NHANES sur la période 1999-2004 que Y-H Choi et coll. ont
effectué cette évaluation transversale. Les seuils auditifs ont été
déterminés pour chaque oreille en audiométrie tonale, à des
fréquences de 0,5, 1, 2 et 4 kHz, la perte auditive étant définie
par des seuils auditifs moyens atteignant ou dépassant 25 dB dans
l’une ou l’autre oreille. Les taux sanguins de plomb et de cadmium
ont été pris comme indicateurs d’exposition.
Les moyennes géométriques des concentrations de cadmium et de
plomb dans la population entière étaient respectivement de 0,40
µg/l (intervalle de confiance à 95 % : 0,39-0,42 µg/l) et de 1,54
µg/dl (1,49-1,60 µg/dl).
Parmi les facteurs confondants potentiels pris en compte
figuraient l’âge, le sexe, l’ethnie, l’IMC, la prise de médicaments
ototoxiques, le tabagisme, l’HTA, le diabète, l’exposition
professionnelle au bruit, les expositions au bruit des armes à feu
et ceux des activités de loisir, et l’analyse des effets de
l’exposition au plomb a pris en considération l’exposition au
cadmium, et celle des effets de l’exposition au cadmium
l’exposition au plomb.
Après ajustements, le seuil auditif des sujets du quintile le
plus haut d’exposition au cadmium (0,80-8,50 µg/l) était, en
comparaison de ceux du quintile d’exposition le plus bas (0,10 0,20
µg/l), accru de 13,8 % (4,6-23,8 % ; p pour la tendance < 0,05).
L’augmentation du seuil auditif des sujets du quintile de plus
forte exposition au plomb (2,80-54,00 µg/dl), en comparaison de
ceux du quintile le plus faible (0,20-0,80 µg/dl), était de 18,6 %
(7,4 31,1 % ; p pour la tendance < 0,001).
Les effets des expositions aux deux métaux sur les seuils
auditifs ont été estimés séparément et conjointement.
L’accroissement du seuil auditif était chez les participants
fortement exposés à la fois au plomb et au cadmium, en comparaison
de ceux faiblement exposés à ces deux métaux, de 19,0 % (9,7-29,1
%), l’augmentation revenant au seul taux élevé de cadmium étant de
7,3 % (0,4-14,8 %) et celle au seul taux élevé de plomb de 10,1 %
(0,4 20,8 %).
Conduite aux États-Unis, où l’hypoacousie touchait en 2008 plus
de 35 millions de sujets âgés de 18 ans et plus, cette étude (dont
le caractère transversal ne permet cependant pas de conclure à une
relation causale) suggère, en population générale, des effets
délétères de l’exposition au cadmium et au plomb sur l’audition.
Une augmentation des seuils auditifs a été mise en évidence à des
doses couramment rencontrées de cadmium et de plomb, inférieures
aux normes de l’Occupational Safety and Health
Administration (OSHA), respectivement de 5 µg/l et 38,6 µg/dl
(seuls 0,11 % des participants ayant dans ce travail été exposés à
des doses excédant la norme de cadmium et 0,05 % celle de plomb).
C’est bien sûr la réduction des expositions que prônent les
auteurs, afin de diminuer ou retarder la perte auditive en
population générale.
Dr Julie Perrot
Choi Y-H et coll. : Environmental cadmium and lead exposures and hearing loss in US adults: The National Health and Nutrition Examination Survey, 1999 to 2004. Environ Health Perspect, 2012 ; publication avancée en ligne, le 31 juillet. (http://dx.doi.org/10.1289/ehp.1104863).
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