Parmi les principaux facteurs de risque de bronchopneumopathie
chronique obstructive (BPCO), cause majeure de morbidité, de
handicap et de mortalité, figurent notamment, le tabagisme, la
pollution de l’air intérieur (dont l’exposition aux combustibles
biomasse), l’exposition professionnelle (aux poussières, aux gaz,
aux vapeurs), le bas niveau socio-économique, les antécédents
de diverses pathologies pulmonaires, dont la tuberculose. C’est à
la relation entre cette dernière et le risque de survenue d’une
BPCO que se sont intéressés des équipes de Taiwan.
L’étude a porté sur une vaste cohorte de 1 million de patients,
tirés au sort en 2005 au sein de la National Health Insurance
Database de Taiwan ; elle a comparé, eu égard au risque de
BPCO, les données de 3 176 cas de tuberculose pulmonaire à celles
de 15 880 sujets, indemnes de tuberculose, pris comme témoins,
appariés aux cas pour l’âge, le sexe et la date d’entrée dans la
base de données de l’assurance maladie.
Dans la population étudiée (65 % d’hommes), âgée en moyenne de
51,9 ± 19,2 ans, l’analyse met en évidence un taux d’évolution vers
la BPCO plus élevé chez les patients atteints de tuberculose
pulmonaire que chez ceux indemnes de cette infection (7,6 % vs 3,9
% ; p < 0,001), l’installation de la BPCO étant aussi plus
précoce chez les cas que chez les témoins (au bout de 2,3 vs 2,5
ans ; p = 0,05). Les comorbidités étaient plus fréquentes chez les
cas, qu’il s’agisse de diabète (17,9 % vs 8,1 % ; p < 0,001), de
cancer [2,1 % vs 1,9 % ; p = 0,001 (cancer du poumon dans 0,1 % des
cas, vs 0,0 %, p = 0,225 ; cancer autre dans 2,7 %, vs 1,9 %, p =
0,002), d’insuffisance rénale terminale (1,1 % vs 0,4 % ; p <
0,001), de maladies auto-immunes (0,5 % vs 0,2 % ; p < 0,001),
ou de SIDA (0,2 % vs 0,0 % ; p = 0,01).
Plusieurs facteurs se sont avérés, associés à un risque accru de
BPCO : l’âge (ratio de risque = 1,047 ; intervalle de confiance à
95 % : 1,043-1,052 ; p < 0,001) ; le fait d’être un homme
(2,001 ; 1,687-2,373 ; p < 0,001) ; les faibles revenus
(1,549 ; 1,004-2,390 ; p = 0,048) ; les antécédents de tuberculose
pulmonaire (2,054 ; 1,768-2,387 ; p < 0,001). L’existence d’un
diabète est apparue inversement associée au risque de BPCO (0,730 ;
0,591-0,0902 ; p = 0,003), cette relation inverse étant peut-être
liée à l’arrêt du tabagisme obtenu après le diagnostic du diabète
(l’effet apparemment protecteur du diabète vis-à-vis de la BPCO
disparaissant lorsque l’analyse était restreinte aux femmes, non
fumeuses pour la plupart), ou à un suivi régulier des diabétiques
incluant la détection de la tuberculose pulmonaire.
L’impact de la tuberculose sur le risque de BPCO persistait,
lorsque les données étaient analysées selon la durée de suivi, plus
de 6 années durant après le diagnostic de la tuberculose. Cet
impact était plus fort chez les moins de 40 ans que chez les plus
de 40 ans, mais la tuberculose restait un facteur de risque
indépendant de BPCO chez les plus de 70 ans.
Le délai de mise en route du traitement antituberculeux était de
94,9 ± 64,8 jours chez les cas ayant développé une BPCO (vs 74,3 ±
65,2; p < 0,001), et le ratio de risque de BPCO était de 1,005
(1,003-1,007 ; p <0,001), la probabilité de rester indemne de
BCPO s’amenuisant avec l’allongement du délai de mise en route du
traitement.
C’est bien sûr sur le diagnostic et le traitement précoces de la
tuberculose pulmonaire qu’insistent les auteurs, ainsi que sur la
prise en charge des facteurs de risque accessibles à sa prévention,
et à celle de la BPCO.
Dr Julie Perrot
Lee C-H et coll. Pulmonary tuberculosis and delay in anti-tuberculous treatment are important risk factors for chronic obstructive pulmonary disease. PLoS ONE, 2012; 7 :e37978 (doi: 10.1371/journal.pone.0037978).
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