Parmi les symptômes neuropsychiatriques (SNP) observés après un
AVC, les troubles de l’humeur seraient les plus fréquents.
Mieux les appréhender, surtout chez les personnes âgées (PA),
permettrait de mieux organiser le retour au domicile.
En 2008 en Hollande, 145 patients victimes d’un AVC et suivis
dans 15 centres de rééducation à orientation gériatrique ont été
inclus dans une étude destinée à évaluer la prévalence et la nature
des SNP après un tel accident. La moyenne d’âge était de 79 ± 8
ans, la majorité était des femmes. Une version adaptée du NPI
(Neuropsychiatric Inventory) a été utilisée pour évaluer les SNP, à
3 semaines de l’admission, puis dans les 15 jours précédant la
sortie pour un lieu de vie indépendant (groupe S) ou à 1 an en cas
de long séjour au centre de rééducation (groupe LS).
Vingt-six pour cent des participants n’avaient pas quitté le
centre à 1 an. Une dépression avait été constatée chez 33 % des
patients à l’admission et/ou à la sortie, tandis que dans 12 % des
cas, elle est apparue durant le séjour. Quinze pour cent des
malades présentaient une anxiété qui a perduré chez 3 %, et 19 %
des anomalies des conduites alimentaires qui ont disparu pour 9 %
d’entre eux au cours de l’évolution. Une agitation nocturne a été
constatée chez 18 % des patients dont 8 % dès l’admission.
L’apathie à l’entrée était significativement plus fréquente chez
les sujets dont la sortie s’est avérée possible.
Les patients toujours dans le service à 1 an présentaient
d’avantage de délire, d’hallucination, de désinhibition, de
dépression, d’irritabilité et d’agitation nocturne. La
prévalence de la dépression, présente chez 59 % des sujets LS
contre 24 % des S, a décru en proportion égale dans les 2 groupes
mais elle est apparue en cours de séjour chez 6 % des patients S
contre 32 % des patients LS. L’agitation nocturne était présente
chez 32 % des LS et 12 % des S, les modifications du comportement
alimentaire chez 27 % des LS contre 15 % des S. Les résultats au
MMSE et les capacités langagières n’étaient pas différents dans les
deux groupes.
Il est à noter que les patients de cette étude avaient 20 ans de
plus que dans d’autres travaux. Or la prévalence des SNP est restée
globalement faible, ce qui va à l’encontre d’une plus grande
susceptibilité des personnes âgées à ces troubles. Celles-ci
pourraient au contraire avoir une meilleure capacité d’acceptation
et être moins enclines à la dépression. Toutefois cette hypothèse
ne vaut pas pour les autres SNP.
Le nombre de SNP était faible dans le groupe S alors qu’il
augmentait avec le temps chez les LS. D’après l’évolution des
pourcentages un mauvais pronostic fonctionnel favoriserait la
dépression à laquelle l’ensemble des signes pourrait être rattaché.
Cependant, la prévalence des SNP pourrait avoir été ici
sous-évaluée. L’exclusion des résultats de patients décédés ou
sortis très précocement, l’absence de test de reproductibilité
inter examinateurs pourraient avoir généré des biais.
La prévalence plus élevée des SNP chez les patients n’ayant pu
quitter un centre de rééducation à 1 an d’un AVC pourrait être
réactionnelle à un déficit fonctionnel plutôt que sa cause ou une
séquelle de lésion cérébrale. Les rapports entre SNP et pronostic
fonctionnel en gériatrie mériteraient ainsi d’être approfondis.
Dr Anne Bourdieu
Buijck BI et coll. : Neuropsychiatric symptoms in geriatric patients admitted to skilled nursing facilities in nursing homes for rehabilitation after stroke: a longitudinal multicenter survey. Int J Geriatr Psychiatry, 2012; 27: 734-741
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