Les effets à long terme de la consommation de drogues illicites
sur le pronostic des patients en insuffisance cardiaque n’a pas
fait l’objet d’étude systématiques.
Slim et coll. ont mené une étude rétrospective portant sur
tous les malades hospitalisés pour insuffisance cardiaque entre
juin 2003 et septembre 2004 et suivis jusqu’en 2008 dans un hôpital
universitaire spécialisé dans la prise en charge des sujets exposés
à une addiction.
Les patients ont été divisés en 2 groupes selon qu’ils étaient
(drogue +) ou non (drogue-) consommateurs de drogue comme en
attestaient leurs dires ou les dosages biologiques. Dans le groupe
drogue +, l’analyse des urines a mis en évidence : cocaïne
(60 % des cas), cannabis (37 %), opiacés (17 %),
benzodiazépines (8 %) et barbituriques (6
%).
Finalement, 542 dossiers ont été analysés. Ils concernaient 357
patients (53 : drogue +) et (304 : drogue-).
Comparés aux patients du groupe (drogue-) ceux du groupe (drogue
+), étaient significativement plus jeunes (47± 8 vs 59 ± 13 ans ; p
< 0,0001) ; ils étaient plus souvent de sexe masculin
(42/53 (79 %) vs 163/304 (54 %) ; p < 0,001) et moins
souvent de race blanche (5/53 (9 %) vs 88/304 (29 %) ; p <
0,005) ; enfin, la maladie coronaire y était moins fréquente (11/53
(21 %) vs 126/304 (42 %) ; p= 0,005).
Il n’a pas été noté de différence entre les groupes (drogue +)
et (drogue-), quant à l’incidence de l’insuffisance cardiaque
systolique (42 (79 %) vs 234 (77 %) ; p= 0,9) et quant à la valeur
de la fraction d’éjection ventriculaire gauche (0,30 ± 0,15
vs 0,34 ± 0,17 ; p= 0,2).
Avec un suivi de 988 ± 690 jours, l’analyse des données a
montré que la consommation de drogue était associée à des
récidives plus rapprochées de l’insuffisance cardiaque
(hazard ratio [HR] 3,8 ; intervalle de confiance [IC] à 95 % 2,3 à
10,7 ; p <0,0001).
L’analyse de régression linéaire multiple a identifié la
consommation de drogue comme étant une variable indépendante de
ré-hospitalisation pour insuffisance cardiaque (p=0,0001).
En revanche, il n’a pas été noté de différence significative
entre les groupes (drogue +) et (drogue-) quant à la
valeur moyenne des taux de BNP (brain natriuretic
peptide), de troponine et quant à la mortalité hospitalière
globale (HR 0,7 ; IC 95 % 0,3 à 1,7, p=0,4).
En conclusion, la consommation de drogues illicites expose à une
augmentation du nombre des hospitalisations pour insuffisance
cardiaque qui surviennent à des intervalles plus rapprochés.
Dr Robert Haïat
Slim AM et coll.: Comparison of Outcomes of Illicit Drug Users and Nonusers Hospitalized With Heart Failure. Am J Cardiol., 2012; 110: 558 –561
Vous pouvez lire sur un thème proche
:
Copyright © http://www.jim.fr
 |
Vos réactions |