La gonarthrose est fréquente, et sa prévalence ne cesse de
croître. Par exemple, entre 1991 et 2006, le nombre de prothèses
totales (PTG) a triplé au Royaume Uni.
Le suivi de cette pathologie chronique repose sur l’examen
clinique et les radiographies. Or, il y a peu d’études prospectives
sur de nombreuses années décrivant l’évolution naturelle
radio-clinique.
Les auteurs de cet article ont suivi pendant 14 ans 1 003 femmes
âgées de 53 ans en moyenne (48-58 ans) au début de l’étude (cohorte
Chingford).
A l’inclusion, plusieurs paramètres ont été recueillis, dont
certains considérés comme des facteurs de risque de gonarthrose
(indice de masse corporelle [IMC], activité physique).
Les sujets ont eu des radiographies de face des deux genoux tous
les 5 ans environ, avec un dernier point à 14 ans d’évolution. Ces
radiographies étaient classées suivant le score de Kellgren et
Lawrence (K/L) en 4 stades (0 à 3).
À 14 ans de suivi, 561 dossiers étaient exploitables sur les 1
003 initiaux, ce qui est acceptable sur une telle durée.
A l’inclusion, 13,7 % des sujets avaient une arthrose (K/L>1)
au niveau d’au moins un genou. Cette prévalence a augmenté au cours
du suivi : 23,9 % à 5 ans, 36,4 % à 10 ans, 47,8 % à 14 ans.
L’âge était bien sûr associé linéairement au risque de
gonarthrose : 26 % de gonarthrose chez les moins de 50 ans, contre
42,2 % chez les plus de 60 ans (p<0,01). De même l’obésité était
un facteur de risque de gonarthrose (environ +20 % de risque
d’avoir une gonarthrose à 10 et 14 ans).
Les auteurs ont pu ainsi calculer une incidence cumulée annuelle
à 2,3 %, et environ 3 % des sujets gonarthrosiques s’aggravent tous
les ans sur le plan radiographique. De plus, cette aggravation
apparaît comme un facteur de risque de progression du score de
K/L.
Cependant, le risque d’avoir une PTG à 14 ans n’est pas corrélé
au score de K/L, et c’est même dans le groupe K/L =1 que l’on
trouve le plus d’évolution vers la PTG.
De même, les auteurs constatent une assez mauvaise concordance
radio-clinique. En effet, à l’inclusion, 30,7 % des sujets ont des
douleurs d’au moins un genou, mais sans forte corrélation aux
radiographies : un score de K/L à l’inclusion à 0, 1, 2, ou 3 «
entraîne » des douleurs chez respectivement 21,5 %, 19,7 %, 39,5 %,
et 26,7 %, des sujets.
Au total, cette étude constitue le plus long suivi
radiographique de gonarthroses publié à ce jour, permettant de
mieux préciser le devenir des sujets. Finalement, il faut rassurer
les patients car environ 50 % des gonarthrosiques ne progressent
pas en 14 ans et les radiographies initiales ne permettent pas de
préjuger de l’évolution péjorative ou non de leur gonarthrose. Par
contre, le suivi radiographique a l’intérêt de dépister ceux dont
la pathologie progresse.
Dr Laurent Laloux
Leyland KM et coll : The natural history of radiographic knee osteoarthritis. A forteen-year population-based cohort study. Arthritis and rheumatism. 2012; 64 : 2243-2251
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