Il apparaît de plus en plus clairement que la dépression
favorise les syndromes démentiels. Mais la démence des patients
souffrant de troubles psychiatriques présente-t-elle des
spécificités en particulier en terme de survie?
Les patients souffrant d’affections psychiatriques et/ou
recevant des psychotropes recensés en 2000 parmi les bénéficiaires
de l’assurance maladie d’une province canadienne, soit 930 965
individus (99 % de la population de cet état) ont été suivis
pendant 7 ans (31 décembre 2006) ou jusqu’au décès ou à l’arrêt de
la couverture sociale. Au cours du suivi, une démence a été
diagnostiquée dans 5 583 cas (3,4 %).
Les caractéristiques des 1 374 patients diagnostiqués déments
durant la 1ère année de suivi ont été analysées plus précisément.
Leurs revenus étaient plus faibles, leur score de pathologie
chronique supérieur et ils étaient plus souvent séparés, veufs ou
divorcés.
Sur les 7 ans les femmes ont constitué 65 % des nouveaux cas. Au
total, 3 386 sujets sont décédés, à un âge médian de 80 ans pour
les hommes et de 82 pour les femmes. Un score de pathologies
chroniques plus élevé, l’avancée en âge, un plus faible revenu, la
situation maritale ont été identifiés comme des facteurs de risque
de mortalité chez les femmes. La survie après le diagnostic a été
de 24 mois pour les hommes contre 37 chez les femmes ; elle
diminuait bien sûr significativement avec l’âge. Les facteurs
prédictifs d’une espérance de vie abrégée étaient le sexe masculin,
un début de démence tardif, de faibles revenus et un score de
pathologies chroniques élevé.
La survie après apparition d’une démence chez les patients
psychiatriques a été estimée à 32,66 mois, ce qui est inférieur à
la médiane de survie des patients souffrant exclusivement de
démence ou de maladie psychiatrique. Dépression et démence
partagent des mécanismes physiopathologiques communs, majorant leur
risque d’association. Ceci pourrait également être le cas pour
d’autres maladies psychiatriques. L’étude a manqué de groupe
contrôle et d’informations sur la sévérité des troubles ; les
indications de prescription des psychotropes ont pu ne pas être
spécifiques.
Une part significative de la population psychiatrique est à
risque de démence, avec une mortalité accrue. Son diagnostic est
d’importance pour initier la prise en charge la plus précoce
possible.
Dr Anne Bourdieu
Meng X et coll. : Survival of patients with incident dementia who had a pre-existing psychiatric disorder: a population-based 7-year follow-up study. Int J Geriatr Psychiatry, 2012; 27: 683-691.
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