En situation d'hypercholestérolémie, le régime classiquement
recommandé est pauvre en graisses saturées et en cholestérol.
Malgré leur richesse en cholestérol, une controverse est née
concernant les effets délétères des œufs sur l'appareil
cardiovasculaire (CV). En effet, une augmentation du
LDL-cholestérol n'est pas constamment associée à la consommation
d'œufs. En outre, les résultats d'études épidémiologiques
concernant la relation entre cette consommation et les évènements
CV sont contradictoires. C'est dans ce contexte que l'étude
observationnelle de Spence et al. vient analyser la relation
entre le nombre d'œufs (en particulier avec le jaune)
consommés par semaine et l'importance de l'athérome carotidien
mesuré par écho-doppler (surface total des plaques de la carotide
commune, interne et externe).
Les données de 1 231 sujets (âge moyen, 62 ans; 47 % de femmes)
ont pu être analysées de façon transversale. La consommation de
jaunes d'œuf a été évaluée à l'aide d'un auto-questionnaire et
exprimée, d'une part en nombre/semaine et d'autre part en jaunes
d'œuf-années (nombre de jaunes d'œuf/semaine x nombre d'années de
consommation). En dehors du tabagisme (exprimé en paquets-année),
les données concernant les habitudes de vie, notamment l'exercice
physique et la boisson alcoolisée, étaient peu précises dans cette
population et non exploitables dans l'analyse statistique.
Sans surprise, les auteurs montrent que la surface totale des
plaques est linéairement associée à l'âge. En outre, la relation
entre l'athérome et le tabagisme est exponentielle. Mais la
principale nouveauté est l'existence d'une relation similaire avec
la consommation d'œufs. Ainsi, la surface totale des plaques
carotidiennes chez les sujets consommant deux œufs ou moins par
semaine (n=388 sujets) est significativement plus
faible comparativement aux plus grands consommateurs (≥ 3
œufs/semaine). Ce résultat n'est pas modifié quand la consommation
d'œufs est exprimée en jaunes d'œuf-années (tenant compte ainsi de
l'âge), y compris après ajustement sur le sexe, l'IMC, la pression
artérielle, le tabagisme, la présence ou non de diabète, et le taux
plasmatique de cholestérol total. Dans cette étude, on remarquera
l'absence de relation entre la consommation d'œufs et les taux de
cholestérol total, de LDL-C et de HDL-C, ce qui concorde avec les
constatations de certains travaux qui ne montrent pas d'effet
hypercholestérolémiant de l'œuf. Si l'on se base sur d'autres
résultats de ces auteurs et sur une méta-analyse récente, la
présence de plaques carotidiennes est un facteur de risque CV,
indépendant des facteurs traditionnels.
En rassemblant ces données, on peut supposer qu'une consommation
excessive d'œufs est associée à une augmentation des évènements CV.
Ceci est conforme aux données épidémiologiques obtenues de façon
relativement constante chez des patients diabétiques.
En pratique, cette étude va à l'encontre de la tendance récente
qui consiste à mettre au second plan la recommandation de limiter
les œufs en cas d'hypercholestérolémie. Elle va même jusqu'à
comparer la nocivité des œufs à celle du tabac ! L'absence de
données concernant les habitudes alimentaires et le niveau
d'activité physique qui peuvent être d'importants facteurs de
confusion doit néanmoins inciter à la prudence avant d'émettre une
telle comparaison...
Dr Boris Hansel
Spence JD et coll. : Egg yolk consumption and carotid plaque.,Atherosclerosis. 2012 ; publication avancée en ligne le 1er Août
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Vos réactions |
Un gros biais
Le 03 septembre 2012
Le gros défaut de ces études est de ne pas prendre en compte, le mode de production agricole qui influence la qualité nutritionnelle et la pollution des denrées alimentaires.Et il serait très étonnant que cela ne change pas les conclusions sur l'aliment "oeuf". Cela sera un passage obligatoire avant de jeter l'anathème. Nous en sommes très loin.
Christian Trape
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