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Anémie réfractaire avec sidéroblastes en couronne et thrombocytose, une entité particulière

Publié le 31/08/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

L’anémie réfractaire avec sidéroblastes en couronne et thrombocytose (RARS-T) a été considérée dans la dernière classification de 2008 de l’OMS comme appartenant aux syndromes myélodysplasiques/myéloprolifératifs (MDS, MPN) qui incluent aussi la leucémie chronique myélomonocytaire, la leucémie myéloïde chronique atypique Bcr/Abl négative et la leucémie myélomonocytaire juvénile. Cette entité associe la présence d’une anémie à celle de sidéroblastes en couronne au niveau du myélogramme à un taux supérieur à 15 %. Il existe aussi des signes de dysérythropoïèse mais sans excès de blastes par ailleurs. Le chiffre plaquettaire est augmenté au dessus d’un seuil actuellement établi à 450 000/µl. L’étude rapportée dans cet article avait comme objectif d’essayer d’établir si cette entité est une forme de thrombocytémie essentielle (TE) particulière acquérant au cours du temps la présence de sidéroblastes en couronne ou bien s’il s’agit d’une entité différente : a priori une dysmyélopoïèse compliquée ensuite d’une thrombocytose.

Une étude européenne multicentrique a donc été mise en route à partir de 16 centres dans 6 pays différents : les données cliniques et évolutives des patients ont été étudiées de façon rétrospective. Chaque patient ayant une RARS-T était apparié avec un patient ayant une anémie réfractaire avec sidéroblastes sans thrombocytose (RARS) de même âge (± 3 ans) et sexe. Les malades étaient également appariés à des patients porteurs de TE. Ainsi cette étude a concerné 200 sujets ayant une RARS-T (105 femmes et 95 hommes), 165 patients ayant une RARS (84 femmes et 81 hommes) et 454 patients ayant une TE (252 femmes et 202 hommes).

Sidéroblastes en couronne et parfois mutations sur JAK2

Au diagnostic les patients ayant une TE avaient un âge significativement plus bas que les patient ayant une RARS-T (p<0,001) et que ceux ayant une RARS (p<0,001) : l’âge médian était en effet respectivement de 68,4, 73,6 et 77,1 ans ce qui a conduit ensuite à effectuer les études de survie après standardisation pour l’âge et le sexe. Chez les patients avec RARS-T le taux d’hémoglobine, le taux des leucocytes et par définition le chiffre plaquettaire étaient plus élevés que chez les ceux avec RARS (p=0,03 ; p<0,001 ; p<0,01respectivement). Le pourcentage des sidéroblastes en couronne était plus élevé respectivement 45,5 % versus 40 % (p=0,018) et le volume globulaire moyen était identique. Par contre les malades atteints de RARS-T avaient un taux d’hémoglobine (p<0,001) et un chiffre de plaquettes plus bas que les patients avec TE (p<0,01) mais un volume globulaire moyen plus élevé (p<0,001). De façon intéressante 6 patients classés initialement comme ayant une RARS au diagnostic ont présenté ensuite un tableau évoquant une RARS-T après un délai médian de 63 mois. Deux d’entre eux avaient la mutation JAK2 V617F au diagnostic avec une augmentation de la charge allélique lors de la transformation en RARS-T. Pour 2 autres malades la mutation est apparue lors de la transformation RARS en RARS-T.

La mutation V617F sur JAK2 a été recherchée chez 175 patients avec RARS-T, chez 30 patients avec RARS et chez 240 patients avec TE ; les mutations sur MPL ont été recherchées chez 141 patients avec RARS-T, 33 patients avec RARS et 37 patients avec TE. La mutation V617F sur JAK2 était présente chez 42,9 %, 10 % et 72,6 % des patients ayant respectivement une RARS-T une RARS et une TE (p<0,001) ; les mutations en MPL étaient retrouvées dans 3,5 %, 3,1 % et 3,4 % des cas respectivement. Lorsqu’on mesurait la charge allélique de l’allèle muté V617F sur JAK2, ce qui a été effectué chez 160 patients avec RARS-T, 30 patients avec RARS et 57 patients avec TE, cette charge allélique était supérieure à 50 % chez 16 % des patients avec RARS-T.

Survie plus courte qu’en cas de thrombocytémie essentielle

De façon intéressante après standardisation pour l’âge et le sexe, il a été montré que la survie était plus courte chez les patients avec RARS-T par rapport aux patients souffrant de TE : la médiane de la survie était respectivement de 76mois versus 115 mois (p<0,001) mais la survie des patients avec RARS-T était supérieure à celle des patients avec RARS (médiane de 76 mois versus 63 mois : p<0,001). Des résultats similaires étaient constatés lorsque l’on considérait la survie sans leucémie. Chez les patients avec RARS-T et la mutation V617F sur JAK2, le taux d’hémoglobine, le taux des globules blancs et le chiffre plaquettaire étaient significativement plus élevés que chez ceux avec RARS-T mais sans mutation V617F sur JAK2. Toutefois aucune différence dans la survie chez les sujets atteints de RARS-T n’était observée ni en fonction du statut mutationnel sur JAK2 ni en fonction du chiffre plaquettaire observé (< ou > à 600 000/µl).

S’agissant des événements thrombotiques, le taux par patients/année était similaire en cas de RARS-T par rapport aux TE (3,6 versus 3,9) mais plus élevé que pour les RARS (0,9) ; le degré de significativité était respectivement de 0,009 et 0,039. Le taux de transformation en leucémie aiguë myéloïde exprimé pour 100 patients/année était similaire chez les patients ayant une RARS-T et une RARS (1,8 versus 2,4) mais plus élevé chez les patients ayant une RARS-T par rapport à ceux ayant une TE (0,7) ; le degré de significativité était de 0,033.

Au plan thérapeutique il n’y avait pas de différence concernant le traitement symptomatique de l’anémie (nombre de transfusions, prescription d’érythropoïétine) chez les patients ayant une RARS-T ou une RARS. Cependant les patients ayant une RARS-T étaient plus souvent traités par des agents anti plaquettaires et des traitements cytoréducteurs (respectivement dans 51,5 % et 32,2 % des cas) par rapport à ceux ayant une RARS (p<0,01 dans les 2 cas).

Au total cette étude montre que certains cas de RARS-T ont pu survenir chez des patients classés auparavant comme ayant une RARS ; d’autre part il a été rapporté que la lenalidomide était efficace chez 2 malades ayant une RARS-T, molécule qui est aussi utilisée avec succès dans les myélodysplasies. Ce tableau de RARS-T pourrait donc être considéré comme une entité particulière dérivant au moins dans certains cas d’un tableau de type RARS. Il aurait toutefois un meilleur pronostic. Les patients avec RARS-T présentant par ailleurs des complications thrombotiques plus fréquentes que les patients avec RARS devraient bénéficier d’un traitement antiplaquettaire et dans certains cas d’un traitement cytoréducteur.



Dr Sylvia Bellucci


Broseus J et coll. : Clinical features and course of refractory anemia with ring sideroblasts associated with marked thrombocytoses.
Haematologica 2012; 97: 1036-1041.




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