On pourrait croire le problème réglé, mais il ne l’est en fait
que très partiellement. Car si l’on dispose de vaccins efficaces
contre la poliomyélite, force est de constater que l’éradication
définitive de l’affection n’est pas encore atteinte et qu’on ne
connaît pas d’antiviral efficace en routine sur le virus. Un
fait qu’on peut par ailleurs étendre à l’ensemble des entérovirus
(EV) humains, groupe de plus d’une centaine de virus ARN différents
dont certains –outre les virus de la poliomyélite- sont reconnus
responsables d’encéphalites. Des dizaines, et sans doute plus, de
screening moléculaires ont été réalisés partout dans le monde, avec
des succès très mitigés ; mais voilà que, si l’on en croit J Zuo et
coll., de l’UCLA (Californie, USA), on pourrait aujourd’hui toucher
au but…
Etude, donc, des effets d’une banque de petites molécules sur
des entérovirus, en l’occurrence un clone moléculaire de
coxsackievirus B3, CVB3 (virus responsable de cardiopathies
murines, plus récemment détecté dans des myocardites
extensives disséminées du singe cynomolgus, l’un des 15 EV les plus
communs aux USA). La technologie utilisée était habituelle
pour ce genre de travail, faisant appel à des cultures cellulaires
Hela RW sur lesquelles le virus réalise un cycle complet en 6
heures, avec recherche d’un effet cytopathique à J2 après
incubation à 37°C. Ce qui, au final, est apparu moins habituel,
c’est le résultat : le susdit screening, réalisé sur une large
collection de molécules, a identifié la fluoxétine et son
métabolite la norfluoxétine parmi les meilleurs candidats,
inhibiteurs puissants de la réplication de l’ARN et des protéines
des cocksackievirus.
La fluoxétine, même si son nom ne parle pas immédiatement, tout
le monde la connaît : c’est le Prozac®, un inhibiteur de la
recapture de la sérotonine présenté il y a quelques années comme la
pilule du bonheur. La découverte rapportée ici apparaît donc, d’une
certaine manière, un peu extraordinaire : voilà une molécule qui
pourrait être douée d’un effet antiviral unique et dont on connaît
parfaitement les effets « secondaires », puisque prescrite à des
milliers de personnes pendant des années. De nouvelles études sont
évidemment nécessaires, mais peut être soignera-t-on bientôt
son encéphalite à coxsackievirus dans la joie (d’autres travaux
cherchant à démontrer une efficacité comparable sur les
autres EV). C’est tout ce qu’on souhaite, finalement.
Dr Jack Breuil
Zuo J et coll. : Fluoxetine is a potent inhibitor of coxsackievirus replication. Antimicrobial Agents Chemother 2012; 56: 4838-44
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