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Histoire naturelle de l’hypothyroïdie infraclinique chez le sujet âgé

Publié le 03/09/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

La prévalence de l’hypothyroïdie infraclinique (HI) est élevée en population âgée, atteignant 15 % dans les études communautaires. L’évolution de l’HI, les pathologies qui lui sont associées, et le poids des arguments pour son dépistage et son traitement chez les 65 ans ou plus restent à éclaircir et sont source de controverse. Dans ce contexte, des équipes des universités de Pennsylvanie et de Washington ont examiné sur 4 années l’histoire naturelle de l’HI du sujet âgé.

L’étude menée par LL Somwaru et coll. a porté sur près de 3 600 sujets âgés d’au moins 65 ans participant à la Cardiovascular Health Study (CHS), vaste étude longitudinale visant à évaluer, en population générale, les facteurs de risque de développement de la maladie cardiovasculaire dans une cohorte de près de 6 000 sujets, représentative des 65 ans et plus non institutionnalisés aux États-Unis. Chez ces sujets, enrôlés en deux vagues, en 1989-1990, puis en1992-1993, l’évolution de l’HI [définie ici par un taux sérique de TSH entre 4,5 et 19,9 mU/l, le taux de T4 libre étant dans les limites de la normale (0,7-1,7 ng/dl)] a été évaluée à 2 ans et à 4 ans, selon l’âge, le sexe, et selon les taux de TSH et la présence d’anticorps antiperoxydase (anti-TPO) à l’inclusion.

Hypothyroïdie infraclinique dans presque 13 % des cas

Parmi les 3 594 participants à la CHS ne recevant aucun traitement à visée thyroïdienne inclus dans la présente étude, 459 (12,8 %) avaient à l’inclusion une HI. Cette population en HI était initialement plus âgée que celle euthyroïdienne (75,6 ± 5,7 ans en moyenne vs 74,6 ± 5,2 ans ; p < 0,001), comptait une plus forte proportion de femmes et moins de sujets fumeurs au moment de l’étude. Le taux initial de TSH de ces sujets en HI était en moyenne de 6,7 ± 2,6 mU/l (vs 2,1 ± 0,96 mU/l chez ceux euthyroïdiens à l’inclusion), celui de T4 libre de 1,08 ± 0,17 (vs 1,22 ± 0,17 ng/dl) et la reherche d’anticorps anti-TPO était positive chez 35,7 % des sujets ayant une HI (vs 8 % de ceux euthyroïdiens).

Au bout de 2 années de suivi, parmi les 369 sujets pour lesquels les données étaient disponibles, l’hypothyroïdie infraclinique persistait chez 56 % des sujets entrés dans l’étude en HI. À ce terme de 2 ans, 35 % avaient évolué vers l’euthyroïdie (TSH normale, entre 0,45 et 4,49 mU/l), 2 % vers l’hypothyroïdie patente (TSH > 4,5 mU/l et T4 libre < 0,7 ng/dl, ou TSH ≥ 20 mU/l), et une hormonothérapie substitutive thyroïdienne avait été mise en œuvre chez 7 %.
La résolution de l’HI, à 2 ans, était plus souvent le fait des sujets dont le taux initial de TSH se situait entre 4,5 et 6,9 mU/l (46 %, vs 10 % chez ceux ayant une TSH entre 7 et 9,9 mU/l, vs 7 % chez ceux dont les taux de TSH atteignaient ou dépassaient 10 mU/l ; p < 0,001) et de ceux chez lesquels la recherche d’anti-TPO était négative (48 %, vs 15 % lorsque la recherche était positive ; p < 0,001).

TSH initiale et anti TPO conditionnent l’évolution

L’analyse associe, au terme de 2 ans, aux taux de base de TSH les plus élevés une probabilité réduite d’évolution vers l’euthyroïdie. En comparaison des sujets dont la TSH de base était à 4,5-6,9 mU/l, la probabilité de conversion en euthyroïdie était réduite de 84 % et la réduction était de 82 % lorsque la TSH se situait entre 10 et 19,9 mU/l (p < 0,05 pour ces comparaisons). À ce dernier taux initial de TSH, le risque de conversion en hypothyroïdie patente était accru de 7,11 fois (p < 0,05) et celui d’avoir un traitement substitutif augmenté de 4,56 fois (p < 0,05). En présence d’anticorps anti-TPO, la probabilité d’évolution vers l’euthyroïdie était réduite de 76 % en comparaison de l’absence de ces anticorps.

Entre 2 et 4 ans de suivi, une transition fréquente de l’euthyroïdie vers l’HI est notée, 32 % des sujets devenus euthyroïdiens à 2 ans étant, au terme de 4 ans de suivi, repassés en HI et, parmi ceux restés en HI à 2 ans, seuls 8 % sont devenus euthyroïdiens à 4 ans.
En revanche, ni l’âge ni le sexe ne sont apparus, dans ce travail, influer sur l’évolution de l’HI.
Dans cette étude (peut-être entachée d’un biais lié à l’inclusion de sujets ayant une HI transitoire), la prévalence de l’hypothyroïdie infraclinique en population générale âgée, (de 12,8 %) s’inscrit dans la gamme de prévalences rapportées jusque-là (3,4-15 %). L’accent est mis sur la plus grande probabilité de conversion de l’HI en euthyroïdie lorsque la TSH initiale est plus basse et la recherche d’anticorps antiperoxydase négative. La part de l’HI transitoire (à l’occasion d’une affection intercurrente par exemple), l’impact sur le devenir clinique, les complications (cardiovasculaires notamment) et la décision thérapeutique restent à préciser.



Dr Julie Perrot


Somwaru LL et coll. : The natural history of subclinical hypothyroidism in the elderly. The cardiovascular Health Study. J Clin Endocrinol Metab 2012 ; 97 : 1962-9.



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