La prévalence de l’hypothyroïdie infraclinique (HI) est élevée
en population âgée, atteignant 15 % dans les études communautaires.
L’évolution de l’HI, les pathologies qui lui sont associées, et le
poids des arguments pour son dépistage et son traitement chez les
65 ans ou plus restent à éclaircir et sont source de controverse.
Dans ce contexte, des équipes des universités de Pennsylvanie et de
Washington ont examiné sur 4 années l’histoire naturelle de l’HI du
sujet âgé.
L’étude menée par LL Somwaru et coll. a porté sur près de 3 600
sujets âgés d’au moins 65 ans participant à la Cardiovascular
Health Study (CHS), vaste étude longitudinale visant à évaluer, en
population générale, les facteurs de risque de développement de la
maladie cardiovasculaire dans une cohorte de près de 6 000 sujets,
représentative des 65 ans et plus non institutionnalisés aux
États-Unis. Chez ces sujets, enrôlés en deux vagues, en 1989-1990,
puis en1992-1993, l’évolution de l’HI [définie ici par un taux
sérique de TSH entre 4,5 et 19,9 mU/l, le taux de T4 libre étant
dans les limites de la normale (0,7-1,7 ng/dl)] a été évaluée à 2
ans et à 4 ans, selon l’âge, le sexe, et selon les taux de TSH et
la présence d’anticorps antiperoxydase (anti-TPO) à
l’inclusion.
Hypothyroïdie infraclinique dans presque 13 % des cas
Parmi les 3 594 participants à la CHS ne recevant aucun
traitement à visée thyroïdienne inclus dans la présente étude, 459
(12,8 %) avaient à l’inclusion une HI. Cette population en HI était
initialement plus âgée que celle euthyroïdienne (75,6 ± 5,7 ans en
moyenne vs 74,6 ± 5,2 ans ; p < 0,001), comptait une plus forte
proportion de femmes et moins de sujets fumeurs au moment de
l’étude. Le taux initial de TSH de ces sujets en HI était en
moyenne de 6,7 ± 2,6 mU/l (vs 2,1 ± 0,96 mU/l chez ceux
euthyroïdiens à l’inclusion), celui de T4 libre de 1,08 ± 0,17 (vs
1,22 ± 0,17 ng/dl) et la reherche d’anticorps anti-TPO était
positive chez 35,7 % des sujets ayant une HI (vs 8 % de ceux
euthyroïdiens).
Au bout de 2 années de suivi, parmi les 369 sujets pour lesquels
les données étaient disponibles, l’hypothyroïdie infraclinique
persistait chez 56 % des sujets entrés dans l’étude en HI. À ce
terme de 2 ans, 35 % avaient évolué vers l’euthyroïdie (TSH
normale, entre 0,45 et 4,49 mU/l), 2 % vers l’hypothyroïdie patente
(TSH > 4,5 mU/l et T4 libre < 0,7 ng/dl, ou TSH ≥ 20 mU/l),
et une hormonothérapie substitutive thyroïdienne avait été mise en
œuvre chez 7 %.
La résolution de l’HI, à 2 ans, était plus souvent le fait des
sujets dont le taux initial de TSH se situait entre 4,5 et 6,9 mU/l
(46 %, vs 10 % chez ceux ayant une TSH entre 7 et 9,9 mU/l, vs 7 %
chez ceux dont les taux de TSH atteignaient ou dépassaient 10 mU/l
; p < 0,001) et de ceux chez lesquels la recherche d’anti-TPO
était négative (48 %, vs 15 % lorsque la recherche était positive ;
p < 0,001).
TSH initiale et anti TPO conditionnent l’évolution
L’analyse associe, au terme de 2 ans, aux taux de base de TSH
les plus élevés une probabilité réduite d’évolution vers
l’euthyroïdie. En comparaison des sujets dont la TSH de base était
à 4,5-6,9 mU/l, la probabilité de conversion en euthyroïdie était
réduite de 84 % et la réduction était de 82 % lorsque la TSH se
situait entre 10 et 19,9 mU/l (p < 0,05 pour ces comparaisons).
À ce dernier taux initial de TSH, le risque de conversion en
hypothyroïdie patente était accru de 7,11 fois (p < 0,05) et
celui d’avoir un traitement substitutif augmenté de 4,56 fois (p
< 0,05). En présence d’anticorps anti-TPO, la probabilité
d’évolution vers l’euthyroïdie était réduite de 76 % en comparaison
de l’absence de ces anticorps.
Entre 2 et 4 ans de suivi, une transition fréquente de
l’euthyroïdie vers l’HI est notée, 32 % des sujets devenus
euthyroïdiens à 2 ans étant, au terme de 4 ans de suivi, repassés
en HI et, parmi ceux restés en HI à 2 ans, seuls 8 % sont devenus
euthyroïdiens à 4 ans.
En revanche, ni l’âge ni le sexe ne sont apparus, dans ce travail,
influer sur l’évolution de l’HI.
Dans cette étude (peut-être entachée d’un biais lié à l’inclusion
de sujets ayant une HI transitoire), la prévalence de
l’hypothyroïdie infraclinique en population générale âgée, (de 12,8
%) s’inscrit dans la gamme de prévalences rapportées jusque-là
(3,4-15 %). L’accent est mis sur la plus grande probabilité de
conversion de l’HI en euthyroïdie lorsque la TSH initiale est plus
basse et la recherche d’anticorps antiperoxydase négative. La part
de l’HI transitoire (à l’occasion d’une affection intercurrente par
exemple), l’impact sur le devenir clinique, les complications
(cardiovasculaires notamment) et la décision thérapeutique restent
à préciser.
Dr Julie Perrot
Somwaru LL et coll. : The natural history of subclinical hypothyroidism in the elderly. The cardiovascular Health Study. J Clin Endocrinol Metab 2012 ; 97 : 1962-9.
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