Les poussées évolutives de la bronchopneumopathie chronique
obstructive (BPCO) sont lourdes de conséquences, certes sur le
moment, mais aussi à plus long terme par le biais de leur impact
potentiel sur la fonction respiratoire. De ce fait, sa prise en
charge thérapeutique doit comporter des mesures préventives dont
l’une est simple, tout au moins dans son principe.
L’hygiène buccodentaire des patients atteints d’une BPCO laisse
souvent à désirer, au point de favoriser l’émergence d’infections
parodontales qui pourraient favoriser la survenue de
décompensations respiratoires aiguës par le biais de la
colonisation bactérienne des voies aériennes supérieures, mais
aussi et surtout inférieures.
Cette hypothèse n’a fait l’objet que de peu d’études
concluantes, ce qui fait l’intérêt d’une étude de cohorte
prospective dans laquelle ont été inclus 93 patients atteints d’une
BPCO connue. Sur le plan de la méthodologie, les taux plasmatiques
d’un anticorps de type IgG dirigé contre Porphyromonas gingivalis
ont été systématiquement dosés à l’état basal chez tous les
participants. Ce germe est en effet très souvent en cause dans les
infections parodontales. Le nombre des poussées évolutives de la
BPCO a été apprécié au cours d’un suivi d’une durée d’une
année.
Parmi les patients ayant des taux élevés d’IgG (versus normaux)
on notait
• une moindre fréquence des exacerbations de la maladie, soit
0,8 versus 1,2 par année (p=0,045)
• une moins grande proportion de malades présentant des
exacerbations fréquentes (au moins deux par an), soit 14,3 vs 38,6
% (p=0,009)
Une analyse multivariée par régression logistique multiple a
confirmé que des taux normaux d’IgG anti- Porphyromonas gingivalis
augmentaient significativement le risque de survenue de poussées
évolutives fréquentes, le risque relatif correspondant étant estimé
à 5,27 (p=0,019). Ce résultat a été obtenu après ajustement en
fonction des facteurs de confusion identifiables, qu’il s’agisse
notamment des antécédents d’exacerbations de la maladie
respiratoire, de sa sévérité, des traitements reçus et du tabagisme
chronique.
En bref, des taux plasmatiques normaux d’anticorps IgG en
rapport avec les infections parodontales semblent bien constituer
un facteur de poussées évolutives au cours de la BPCO,
indépendamment des autres facteurs de risque. Leur dosage pourrait
permettre d’identifier les patients à risque et d’envisager des
stratégies préventives agressives pour contrôler ces infections de
la sphère buccodentaire.
Dr Philippe Tellier
Takahashi T et coll. : Relationship between Periodontitis-Related Antibody and Frequent Exacerbations inChronic Obstructive Pulmonary Disease. PLoS One. 2012: publication avancée en ligne le 11 juillet.
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