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Ancrée dans la peau

Publié le 03/09/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

En octobre 2011, à Rochester, dans l’état de New York, un patient de 20 ans, sans antécédents, a développé une éruption granulomateuse persistante recouvrant un tatouage réalisé une semaine auparavant. Il a initialement été traité sans succès par corticoïdes, avant d’être adressé à un dermatologue. Les analyses histologiques et microbiologiques ont mis en évidence une infection à mycobactérie atypique, Mycobacterium chelonae.

Une encre peu sympathique

Ce patient index a été suivi de plusieurs autres cas, et il est rapidement apparu aux investigateurs du département de santé publique du comté de Monroe que tous les patients avaient été clients du même salon de tatouage à la même période, et avaient eu affaire au même artiste.
L’enquête révéla que l’hygiène en apparence irréprochable de ce salon n’était pas en cause. Le tatoueur utilisait depuis mai 2011 une nouvelle encre noire pré-mélangée, achetée dans une réunion professionnelle en Arizona.
L’enquête suit alors son cours, comme dans une bonne série policière américaine : à partir de la liste des clients tatoués entre mai et décembre 2011, 19 cas confirmés ou probables d’infection cutanée à M.chelonae ont été identifiés, la plupart liés à des tatouages réalisés en novembre. Des biopsies cutanées ont été réalisées chez 17 de ces patients. La PCR pour M.chelonae était positive dans 14 cas. Un des flacons d’encre non encore utilisé était infecté.
Tous les salons de tatouage du comté ont alors été contactés pour déterminer le type d’encre utilisée et poursuivre le travail de recensement des cas éventuels.

En Arizona, la Food and Drugs Administration (FDA) a pris le relais pour inspecter la manufacture d’encre, collecter des échantillons et les mettre en culture et l’entreprise a rappelé l’ensemble des lots distribués.
 A l’échelle nationale, le Center for Disease Control (CDC) a par la suite émis une alerte et mis au jour plusieurs épidémies du même type, dans les états de Washington, Iowa et Colorado, associées à l’utilisation d’encre de tatouage, produites par d’autres compagnies (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22914227).
Tous les patients ont été traités efficacement par macrolides, doxycycline ou leur association.

21 % d’américains tatoués

Le véritable labyrinthe de cette enquête de santé publique se situe à une époque où la mode des tatouages est en pleine expansion. Aux Etats-Unis,  le pourcentage d’adultes portant au moins un tatouage serait passé de 14 % en 2008 à 21 % en 2012.
Or, le tatouage n’est pas un acte anodin, et l’explosion de cette pratique cosmétique va donc nécessairement s’accompagner d’une augmentation de la fréquence des conséquences indésirables, notamment infectieuses.
Dans ce cas précis, cette épidémie permet de souligner  que si des efforts importants ont été menés pour la prévention du risque infectieux (notamment viral) au moment du tatouage (port de gants, asepsie stricte, stérilisation…), il est également nécessaire de suivre l’ensemble de la chaîne de production, un pathogène éventuel pouvant provenir de l’encre comme ici. De précédentes épidémies avaient déjà mis au jour le risque lié à la dilution de l’encre par de l’eau distillée au moment du tatouage. Ici, les lots contaminés étaient dilués avant même la distribution.
Une attention particulière doit donc être portée à la sécurité sanitaire des processus de fabrication de ces encres. 



Dr Alexandre Haroche


Kennedy B et coll.: Outbreak of mycobaterium chelonae inection associated with tattoo ink. N Engl J Med 2012; publication avancée en ligne le 22 août 2012 (DOI:10.1056/NEJMoa1205114




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