En octobre 2011, à Rochester, dans l’état de New York, un
patient de 20 ans, sans antécédents, a développé une éruption
granulomateuse persistante recouvrant un tatouage réalisé une
semaine auparavant. Il a initialement été traité sans succès par
corticoïdes, avant d’être adressé à un dermatologue. Les analyses
histologiques et microbiologiques ont mis en évidence une infection
à mycobactérie atypique, Mycobacterium chelonae.
Une encre peu sympathique
Ce patient index a été suivi de plusieurs autres cas, et il est
rapidement apparu aux investigateurs du département de santé
publique du comté de Monroe que tous les patients avaient été
clients du même salon de tatouage à la même période, et avaient eu
affaire au même artiste.
L’enquête révéla que l’hygiène en apparence irréprochable de ce
salon n’était pas en cause. Le tatoueur utilisait depuis mai 2011
une nouvelle encre noire pré-mélangée, achetée dans une réunion
professionnelle en Arizona.
L’enquête suit alors son cours, comme dans une bonne série
policière américaine : à partir de la liste des clients tatoués
entre mai et décembre 2011, 19 cas confirmés ou probables
d’infection cutanée à M.chelonae ont été identifiés, la
plupart liés à des tatouages réalisés en novembre. Des biopsies
cutanées ont été réalisées chez 17 de ces patients. La PCR pour
M.chelonae était positive dans 14 cas. Un des flacons
d’encre non encore utilisé était infecté.
Tous les salons de tatouage du comté ont alors été contactés pour
déterminer le type d’encre utilisée et poursuivre le travail de
recensement des cas éventuels.
En Arizona, la Food and Drugs Administration (FDA) a pris le
relais pour inspecter la manufacture d’encre, collecter des
échantillons et les mettre en culture et l’entreprise a rappelé
l’ensemble des lots distribués.
A l’échelle nationale, le Center for Disease Control (CDC) a
par la suite émis une alerte et mis au jour plusieurs épidémies du
même type, dans les états de Washington, Iowa et Colorado,
associées à l’utilisation d’encre de tatouage, produites par
d’autres compagnies (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22914227).
Tous les patients ont été traités efficacement par macrolides,
doxycycline ou leur association.
21 % d’américains tatoués
Le véritable labyrinthe de cette enquête de santé publique se
situe à une époque où la mode des tatouages est en pleine
expansion. Aux Etats-Unis, le pourcentage d’adultes portant
au moins un tatouage serait passé de 14 % en 2008 à 21 % en
2012.
Or, le tatouage n’est pas un acte anodin, et l’explosion de cette
pratique cosmétique va donc nécessairement s’accompagner d’une
augmentation de la fréquence des conséquences indésirables,
notamment infectieuses.
Dans ce cas précis, cette épidémie permet de souligner que si
des efforts importants ont été menés pour la prévention du risque
infectieux (notamment viral) au moment du tatouage (port de gants,
asepsie stricte, stérilisation…), il est également nécessaire de
suivre l’ensemble de la chaîne de production, un pathogène éventuel
pouvant provenir de l’encre comme ici. De précédentes épidémies
avaient déjà mis au jour le risque lié à la dilution de l’encre par
de l’eau distillée au moment du tatouage. Ici, les lots contaminés
étaient dilués avant même la distribution.
Une attention particulière doit donc être portée à la sécurité
sanitaire des processus de fabrication de ces encres.
Dr Alexandre Haroche
Kennedy B et coll.: Outbreak of mycobaterium chelonae inection associated with tattoo ink. N Engl J Med 2012; publication avancée en ligne le 22 août 2012 (DOI:10.1056/NEJMoa1205114
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