Les mutations génétiques spontanées, ou mutations de novo, sont
d’une importance primordiale dans l’évolution, constituant la
principale source de diversité génétique. Elles sont relativement
rares et leur étude à l’échelle du génome entier est limitée. Alors
qu’elles peuvent avoir une responsabilité dans certaines
pathologies.
Se focalisant sur les polymorphismes d’un seul nucléotide, une
équipe islandaise vient de publier les résultats des séquençages
génome entier de 78 trios parents–enfants (219 individus ; 5 cas
incluent 1 petit-enfant). Vingt et un des enfants sont
schizophrènes et 42 sont atteints de troubles autistiques. Les
génomes d’une population de 1 859 Islandais sont séquencés pour
comparaison.
Augustine Kong et ses collègues observent que les pères sont à
l'origine de 3,9 fois plus de mutations spontanées chez les enfants
que les mères et la différence est encore plus importante en ce qui
concerne la variance de leur distribution (X 8 chez les pères). De
façon intéressante, le nombre de ces mutations spontanées augmente
avec l’âge du père à la conception de l’enfant, avec pour chaque
année supplémentaire, 2,01 mutations spontanées de plus chez
l'enfant. Selon un modèle mathématique, le taux de mutations dues à
la mère est constant, par contre il augmente de façon exponentielle
avec l’âge paternel selon un taux estimé à 4,28 % par an, ce qui
correspond à un doublement tous les 16,5 ans et à une
multiplication par 8 en 50 ans.
Des études épidémiologiques ont établi un lien entre l’âge du
père à la conception et le risque de schizophrénie et l'autisme, et
d'autres travaux ont relié les mutations de novo à ces maladies.
Par exemple un rôle causal de telles mutations a été démontré
récemment dans l’autisme. Pour les auteurs, l’ensemble des
observations souligne l'importance de l'âge du père dans le risque
pour sa descendance de développer des troubles autistiques.
Si chaque cas non familial d’autisme ou de schizophrénie est
causé par une seule mutation et qu'il n'y a pas d'autre facteur
systématique qui influe sur le nombre de mutations (ou que leur
contribution est très faible) le risque pour un individu d’être un
cas est essentiellement proportionnel au nombre de mutations dont
il est porteur, ainsi une personne qui porte 120 mutations a 3 fois
plus de risque d'être un cas qu’une qui en porte 40.
Alexey Kondrashov (Université du Michigan) indique dans un
commentaire que l’étude de Kong est la plus vaste de cette sorte
jamais réalisée. D’après les données, le génome d'un nouveau-né
contient en moyenne 60 mutations spontanées ; 10 % des mutations
ponctuelles étant délétères chez l’homme les résultats islandais
suggèrent qu’un nouveau-né est porteur en moyenne de 6 nouvelles
mutations délétères. Et ce nombre dépend fortement de l’âge du père
lors de la conception. Alors qu’un homme de 20 ans transmet en
moyenne environ 25 mutations à son enfant, ce nombre est d’environ
65 pour un père de 40 ans. En comparaison, 15 mutations de novo
seulement sont dues à la mère, quel que soit son âge.
Au final, une analyse complète des mutations spontanées chez
l’homme a révélé une forte influence de l'âge paternel, ce qui
suggère un lien entre le nombre croissant de pères âgés et
l'augmentation des troubles tels que l'autisme et la
schizophrénie.
Dominique Monnier
Kong A et coll. : Rate of de novo mutations and the importance of father’s age to disease risk. Nature. 2012; 488: 471-5. doi: 10.1038/nature11396.
Kondrashov A et coll. : The rate of human mutation. Nature. 2012; 488: 467-8. doi: 10.1038/488467a.
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Vos réactions |
Différences dans l'éducation sociale et affective des pères âgés
Le 04 septembre 2012
Intéressante étude mais très limitée vu le nombre de participants. Il est tentant de faire le lien entre les mutations génétiques dues à l'âge et schizophrénie ou autisme. C'est cependant faire fi de facteurs autres tels que la différence d'appréhension du présent et du futur dans l'éducation sociale et affective apportée par un père âgé à son enfant.
L.Duclaud
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