Les démences du sujet âgé peuvent s’accompagner d’agitation et
d’agressivité et il est alors parfois nécessaire de tenter de les
contrôler notamment par la prescription d’antipsychotiques
(AP). Mais quels sont les risques d’un tel traitement en
particulier sur le plan cardiovasculaire ? Une étude de cohorte
rétrospective du type cas-témoins tente de répondre à cette
question, en sachant que ces médicaments ont d’ores et déjà été
associés à une augmentation du risque d’accident vasculaire
cérébral d’origine ischémique dans ce contexte.
L’étude en question, pour sa part, s’est focalisée sur le risque
d’infarctus du myocarde (IDM). L’action se déroule au Canada et la
cohorte initiale comptait 37 138 patients âgés atteints d’une
démence traitée par les inhibiteurs de la cholinestérase. Le
recrutement s’est déroulé entre le 1er janvier 2000 et le 31
décembre 2009. Au sein de cette cohorte, 10 969 patients (29,5 %)
vivant tous au sein de la communauté ont reçu des AP dans l’année
qui a précédé l’inclusion. Chacun d’entre eux a été apparié à un
patient dément pris au hasard et non exposé à ces
médicaments, constituant de ce fait le groupe des
témoins.
Le risque d’IDM a été estimé au moyen du modèle des risques
proportionnels selon Cox, avec un ajustement qui a pris en compte
les variables suivantes : âge, sexe, facteurs de risque
cardiovasculaire, exposition aux psychotropes et scores de
propension. Un IDM est survenu chez 1,3 % des patients
exposés aux AP. Le risque relatif (RR) (versus témoins) s’est avéré
variable en fonction du temps écoulé par rapport à la prescription
:
1) 30 premiers jours : RR=2,19 ;
2) 60 premiers jours : RR=1,62 ;
3) 90 premiers jours : RR=1,36 ;
4) 365 premiers jours : RR=1,15.
En bref, ces résultats émanant d’une étude non contrôlée, ne
doivent pas être pris à la lettre. Il faut retenir simplement que
l’exposition aux AP n’a qu’une incidence limitée et transitoire sur
le risque d’IDM chez les patients âgés atteints d’une démence
traitée par les inhibiteurs de la cholinestérase. De là à abuser,
il y a bien sûr un fossé à ne pas franchir.
Dr Philippe Tellier
Pariente A et coll. : Antipsychotic Use and Myocardial Infarction in Older Patients With Treated Dementia. Arch Intern Med. 2012;172:648-653.
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