Plusieurs travaux ont montré que la survie des femmes après mise
en œuvre d’une oxygénothérapie à long terme (OLT) pour
bronchopneumopathie obstructive chronique (BPCO) était supérieure à
celle des hommes. Ce phénomène reste inexpliqué mais des auteurs
suédois ont émis l’hypothèse que l’impact des comorbidités,
fréquentes chez les patients ayant une BPCO, pourrait ici jouer un
rôle.
Pour le vérifier MP Eckström et coll ont mené, à l’échelle
nationale suédoise, une étude prospective, qui s’est fondée sur les
données intéressant près de 9 000 patients du Swedish National
Oxygen Register, âgés de 50 ans et plus, ayant débuté, entre le 1er
janvier 1992 et le 31 décembre 2008, une oxygénothérapie à long
terme pour BPCO diagnostiquée par un médecin. Les données de
comorbidités ont été obtenues via le Swedish Hospital Discharge
Register et celles concernant le statut vital provenaient du
Swedish Causes of Death Register.
Au total 8 712 patients ont été inclus, 3 929 hommes et 4 783
femmes (54,9 %), celles-ci étant moins âgées que les hommes (71,8±
8,4 ans en moyenne vs 73,7 ± 7,8 ans ; p < 0,001). La population
féminine comptait plus de patients n’ayant jamais fumé (6 % vs 4 %
; p < 0,001)), moins d’anciens fumeurs (91 % vs 94 % ; p <
0,001), sans différence significative entre les deux groupes quant
aux taux de patients encore fumeurs au moment de l’étude.
Sur un suivi médian de 1,65 années (0-16,85 années), 6 729 décès
sont survenus, 3 199 chez les hommes et 3 530 chez les femmes,
Dans cette population d’étude où aucun patient n’a été perdu de
vue, la prévalence de l’HTA, des troubles mentaux, de l’ostéoporose
et de la polyarthrite rhumatoïde était plus élevée chez les femmes
que chez les hommes, mais les troubles du rythme cardiaque, les
cancers, les cardiopathies ischémiques, l’insuffisance rénale
étaient moins prévalents qu’en population masculine (p < 0,05
pour toutes ces comparaisons).
La mortalité brute était plus faible chez les femmes que chez
les hommes (ratio de risque : 0,76 ; intervalle de confiance à 95 %
: 0,73-0,80 ; p < 0,001). Après ajustements (notamment sur
l’âge, le sexe, le degré d’hypoxie, le VEMS, les antécédents
tabagiques, l’année de début de l ‘OLT, l’IMC), l’existence de
comorbidités était significativement prédictive du risque de décès,
l’effet étant semblable dans les deux sexes. La présence de
comorbidités n’expliquait pas le bénéfice de survie en population
féminine : après ajustements poussés sur le score de comorbidités
de Charlson, ainsi que sur les comorbidités examinées
individuellement et sur le nombre d’hospitalisations dans les cinq
dernières années, le bénéfice de survie chez les femmes restait
relativement inchangé (ratio de risque : 0,73 ; 0,68-0,77 ; p <
0,001), et il en était de même lorsque les patients jamais
hospitalisés dans les cinq années précédant le début de l’OLT (1,7
% des patients) étaient exclus de l’analyse (0,73 ; 0,68-0,78 ; p
< 0,001)
Cette étude suédoise, s’appuyant sur des données de registres
nationaux, portant sur une cohorte incluse prospectivement et dont
le suivi était complet, a cherché à expliquer les différences de
survie observées entre hommes et femmes atteints de BPCO
oxygéndépendantes. Elle met en évidence des différences de
comorbidités entre hommes et femmes, montre que l’existence de
comorbidités est un facteur prédictif de mortalité, semblablement
chez les hommes et chez les femmes, mais que les comorbidités
n’expliquent pas les différences de survie. Les mécanismes qui
sous-tendent cette différence de survie restent donc à déterminer.
Les données de cette étude ne suggèrent pas le rôle d’une mise en
œuvre plus précoce de l’OLT ou d’une sévérité moindre de
l’insuffisance respiratoire chez les femmes ; les effets de
l’oxygénothérapie à long terme, de l’adhésion à ce traitement,
d’expositions environnementales autres que le tabagisme, de
phénotypes différents de BPCO, par exemple, non évalués ici,
restent à préciser.
Dr Julie Perrot
Eckström M et coll. : Comorbidities and sex-related differences in mortality oxygen-dependent chronic pulmonary disease. PLoS ONE 7(4): e35806 (doi:10.1371/journal.pone.0035806).
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