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Les douleurs neuropathiques en faveur d'une maladie plus sévère dans la SEP

Publié le 07/09/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

La douleur neuropathique est fréquente chez les patients atteints de sclérose en plaques (SEP) : selon les définitions retenues, la durée d’observation et les populations de patients considérées, sa prévalence estimée oscille entre 26 et 65 % (1, 2).

Les plus fréquentes sont les douleurs permanentes des extrémités (DPE : sensations continues surtout nocturnes de brûlure bilatérale touchant les jambes et les pieds) et le signe de Lhermitte (SL : sensations paresthésiques de décharge électrique pendant quelques secondes, irradiant de la nuque au bas du dos, voire dans les talons, ressentie lors d’une flexion de la nuque ou parfois induite par des mouvements de flexion du tronc, l’irradiation pouvant occasionnellement partir du siège et remonter la colonne vertébrale). Retrouvé ponctuellement chez près de 10 % des patients, le SL se manifeste chez près de 40 % d’entre eux en cours d’évolution ; parfois annonciateur de la maladie, il est souvent omis par le patient (3). Les fibres démyélinisées deviendraient sensibles à l’étirement causé par la flexion de la nuque. (4)

Chez 302 patients consécutifs atteints de SEP, des douleurs neuropathiques ont été recherchées par l'examen clinique et le DN4 (5, 6), un outil de dépistage en 10 items qui indique la nature neuropathique des douleurs lorsque le score est ≥ 4. Quatre-vingt douze  se plaignaient de douleurs (30 %) et 42 (14 %) avaient des douleurs neuropathiques.

Dans tous les cas ont été étudiés les potentiels évoqués somesthésiques (PES) médiés par les fibres non-nociceptives Aβ (7), couramment utilisés en cas de troubles sensoriels, ainsi que les potentiels évoqués par stimulation laser (PEL), méthode la plus fiable pour l’évaluation des douleurs neuropathiques médiées par les fibres nociceptives Aδ. (8)

Les patients souffrant de douleurs neuropathiques avaient une SEP plus sévère que ceux sans douleur selon le score "Expanded Disability Status Scale" (EDSS). (9)

Chez les patients souffrant de douleurs neuropathiques continues, les PEL étaient plus fréquemment anormaux que les PES ; c'était le contraire chez les patients avec SL.

Une maladie plus sévère est donc associée à un risque plus élevé de développer une douleur neuropathique. Par ailleurs, la DPE parait associée à des lésions de la voie spino-thalamique alors que le SL parait associé à des atteintes des voies non nociceptives.


Dr Gérard Loeb
 

Truini A et coll. : Mechanisms of pain in multiple sclerosis: A combined clinical and neurophysiological study. Pain 2012 ; publication avancée en ligne le 10 juillet.

(1) Nurmikko TJ et coll. : Multiple sclerosis-related central pain disorders. Curr Pain Headache Rep., 2010;14:189–95.
(2) Stenager E et coll. : Acute and chronic pain syndromes in multiple sclerosis. Acta Neurol Scand., 1991;84:197-200.
(3) Al-Araji AH, Oger J. : Reappraisal of Lhermitte’s sign in multiple sclerosis. Mult Scler.,  2005;11:398-402.
(4) Kanchandani R, Howe JG. : Lhermitte’s sign in multiple sclerosis: A clinical survey and review of the literature. J Neurol Neurosurg Psychiatry, 1982;45:308-12.
(5) Bouhassira D et coll. : Comparison of pain syndromes associated with nervous or somatic lesions and development of a new neuropathic pain diagnostic questionnaire (DN4). Pain, 2005;114:29–36.
(6) Haute autorité de santé. Prise en charge diagnostique des neuropathies périphériques (polyneuropathies et mononeuropathies multiples). Recommandations professionnelles 2007 (mai).
http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/diagnostic_neuropathies_peripheriques_recommandations.pdf
(7) Spiegel J et coll. : Sensitivity of laserevoked potentials versus somatosensory evoked potentials in patients with multiple sclerosis. Clin Neurophysiol., 2003;114:992–1002.
(8) L Garcia‐Larrea L et coll. : Laser-evoked potential abnormalities in central pain patients: the infuence of spontaneous and provoked pain. Brain,2002;125:2766-81.
(9) Kurtzke JF. : Rating neurologic impairment in multiple sclerosis: an expanded disability status scale (EDSS). Neurology, 1983; 33: 1444–52.


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