Les agonistes du récepteur de la thrombopoïétine (Tpo-RAs) sont
de nouvelles molécules utilisées dans le traitement des
thrombopénies auto-immunes chroniques (TAI), essentiellement le
purpura thrombopénique idiopathique (PTI) après échec ou
contre-indication de la corticothérapie et/ou de la splénectomie.
Les différents essais cliniques ont montré l’efficacité et la
sécurité de ces molécules. Néanmoins il existe un possible risque
d’augmentation de l’incidence des complications veineuses
thrombo-emboliques (cVTE) liée à la capacité théorique des Tpo-RAs
d’activer les plaquettes et la coagulation plasmatique. La mesure
du taux des D-Dimères (produits de dégradation de la fibrine) est
réalisée de façon courante en investigation clinique et reflète
l’état d’activation globale de la coagulation et de la fibrinolyse
consécutive. Les auteurs ont donc pratiqué une étude rétrospective
afin de déterminer l’incidence d’apparition des complications
veineuses thrombo-emboliques et d’estimer l’évolution du taux des
D-Dimères chez les patients recevant un traitement par Tpo-RAs.
L’étude a regroupé tous les patients ayant eu une TAI chronique
et traités au New York Presbyterian Hospital (New York,
USA) de 2004 à 2011. L’incidence des cVTE (confirmées par un examen
complémentaire approprié) a été estimée jusqu’à 1 mois après
l’arrêt du traitement. Le taux des D-Dimères plasmatiques
était mesuré par une réaction d’agglutination en présence de
Latex (réactif Dade Behring) avant traitement puis en
moyenne entre 0 à 4 mois puis entre 4 à 8 mois et enfin entre 8 à
12 mois au cours du traitement.
Quatre-vingt patients dont 52 femmes ont été inclus dans l’étude
qui ont reçu un ou plusieurs traitements par Tpo-RAs : romiplostin,
eltrombopag, Eisai E5501 ou Shionogi-S888, ces 2 dernières
molécules n’étant pas encore commercialisées. L’âge médian des
patients était de 49 ans et la durée médiane de traitement était de
113 semaines (61-172). Finalement l’exposition cumulée au
Romiplostin, Eltrombopag, Eisai E5501 et Shionogi -S888 était
respectivement de 5 415, 5 566, 326 et 268 semaines. Aucun patient
ne recevait de traitement anticoagulant (antivitamine K ou
héparine).
L’étude a montré qu’aucun patient n’a développé de complication
veineuse thrombo-embolique ni n’a présenté de décès sous traitement
par Tpo-RAs. Le taux des D-Dimères n’a pas montré de différence
significative au cours du traitement par rapport à la valeur basale
avant traitement. Avant traitement ce taux était de 1 200 ng/ml
correspondant à la valeur seuil limite supérieure retenue avec ce
réactif. Il faut noter une discrète diminution sur les valeurs
observées entre 4 et 8 mois et entre 8 et 12 mois en moyenne à 700
ng/ml mais qui n’atteint pas la significativité statistique.
Si au cours des essais cliniques le taux des complications
thrombotiques veineuses était de 2 à 4 %, ce taux semblait
identique dans les groupes placebo indiquant que le risque
thrombotique était plus à relier à la pathologie sous-jacente, un
PTI chronique constituant un état préthrombotique, plutôt qu’au
traitement par Tpo-RAs lui-même. De fait dans cette étude qui
inclut tous types de patients sans les limites habituelles des
protocoles cliniques, il n’a pas été observé de complication
veineuse thrombotique alors qu’il s’agit d’une des études
rapportées les plus importantes en terme de durée de traitement
puisqu’elle représente 221 patients/année traités par Tpo-RAs.
Cette étude comporte des limites : il s’agit d’une étude
rétrospective ; elle ne considère comme marqueur d’activation de la
coagulation que le taux des D-Dimères et non des marqueurs plus
sensibles comme par exemple les complexes thrombine/anti thrombine
ou le test de génération de thrombine ; elle ne distingue pas les
patients ayant un PTI isolé de ceux ayant une TAI dans le cadre par
exemple d’un syndrome des antiphospholipides pouvant avoir un
traitement par aspirine.
Toutefois il faut remarquer que cette étude ne met pas en
évidence d’activation de la coagulation ou de la fibrinolyse chez
les patients traités par Tpo-RAs et que parallèlement il n’a pas
été mis en évidence de survenue de complication veineuse
thrombo-embolique.
Dr Sylvia Bellucci
Ghanima W et coll. : Venous thromboembolism and coagulation activity in patients with immune thrombocytopenia treated with thrombopoietin receptor agonists.
Br J Haematol., 2012; 158: 798-814.
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