Bien que la prévalence des ulcères de jambe soit variable selon
les études (de 0,1 à 2 % dans les pays à revenus élevés), leurs
conséquences socio-économiques sont toujours importantes. La
plupart de ces plaies sont d’origine vasculaire, les ulcères
veineux représentant 60 % d’entre eux. Parfois l’évolution est
chronique, pouvant excéder 2 ans, et pour les patients concernés,
il paraît souhaitable de mettre au point de nouveaux traitements
susceptibles d’accélérer la guérison, la compression et les soins
classiques étant à l’évidence insuffisants.
Parmi les nouvelles approches possibles, différents substituts
de peau, produits par ingénierie ou issus de thérapies cellulaires
(tels que Apligraf, Dermagraft ou Epidex), sont déjà disponibles
dans certains pays et utilisés dans le traitement des plaies
chroniques. Bien que se situant dans ce cadre, la technique
proposée par R Krisner et coll. à Miami est quelque peu
différente.
Cette thérapie cellulaire repose sur des kératinocytes et
fibroblastes en croissance arrêtée (par irradiation 80 Gy) en
provenance de prépuces de nouveau-nés (HP802-247). Elles sont
délivrées sur la plaie par un spray. Les études in vitro en montré
que ces cellules, assemblées dans une matrice de fibrine, et les
facteurs qu’elles produisent (facteurs de croissance, Granulocyte
macrophage colony stimulating factor) participent à la
cicatrisation.
Elle a été évaluée dans un essai de phase 2 qui a inclus à
partir de 28 centres aux USA et Canada, 228 patients porteurs
de 1 à 3 ulcères dont l’un mesurant au moins 2 à 12 cm2 et évoluant
depuis 6 à 104 semaines. Cinq groupes ont été constitués, de
manière randomisée et en double aveugle, pour juger des
effets de deux concentrations différentes de cellules délivrées
soit tous les 7 jours soit tous les 14 jours, par rapport à ceux du
véhicule seul. Tous les patients ont bénéficié de bandes de
compressions. Deux cent cinq patients se sont rendus à toutes les
consultations de suivi.
En intention de traiter, une réduction significative de la
surface moyenne de la plaie a été constatée dans les groupes
recevant le traitement actif. Ainsi à 12 semaines, dans le
groupe traité par 0,5 x 106 cellules par mL tous les 14 jours
(schéma qui est apparu optimal), 70 % (32/46) des plaies étaient
fermées contre 46 % (23/50) dans le groupe contrôle ; la
diminution moyenne de la surface de l’ulcère dans ce même
groupe de traitement actif était de 91 % (DS 21 %) vs 80 % avec le
véhicule (DS 30 %), soit 16 % environ d’amélioration relative ;
intervalle de confiance à 95 % : 5,56 à 26,41 %, p = 0,0028). Le
niveau de diminution de la douleur était à peu près comparable dans
tous les groupes, de même que l’incidence et la sévérité des effets
secondaires.
Ces résultats suggèrent donc l’intérêt de cette technique dans
le traitement des ulcères de jambe et sans doute dans d’autres
types de plaies chroniques. Mais une meilleure connaissance des
mécanismes d’action permettrait seule d’élargir le champ des
indications. Quoi qu’il en soit cet essai bien mené est l’un des
rares à avoir authentifié l’efficacité significative, bien que
somme toute limitée, d’une thérapie cellulaire. D’autres études de
ce type sont attendues pour tester les méthodes de même nature
ainsi que les produits d’ingénierie, en dépit de leur coût souvent
élevé mais qui pourrait ne pas être supérieur à celui de
traitements classiques au long cours.
Dr Marie-Line Barbet
Kirsner RS et coll. : Spray-applied cell therapy with human allogeneic fibroblasts and keratinocytes for the treatment of chronic venous leg ulcers : a phase 2, multicentre, double-blind, randomised, placebo-controlled trial.
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