L'influence des édulcorants tels que l'aspartame sur le
déroulement de la grossesse est méconnue, les études disponibles
ayant aboutit à des résultats contradictoires. Pour enrichir le
débat, Englund-Ogge et al. ont examiné au sein d'une cohorte
norvégienne (n=60 761 femmes enceintes), la relation entre la
consommation de boissons édulcorées allégées en sucre d'une part et
de boissons sucrées d'autre part avec le risque d'accouchement
prématuré (accouchement survenant avant la fin de la 37ème semaine
de grossesse). Un auto-questionnaire alimentaire incluant six
questions concernant les boissons sucrées ou allégées était
renseigné par les volontaires à la 22ème semaine de
gestation.
Les consommations de boissons sucrées ou allégées édulcorées
étaient associées positivement à l'IMC, à l'apport calorique total
et au tabagisme. Elles étaient inversement associées au niveau
d'étude. Des accouchements prématurés sont survenus chez 5,4 % des
femmes (n=3 281). En analyse univariée, ils ont été plus fréquents
chez les consommatrices de plus de 3 verres de boissons
allégées/j par rapport à celles qui n'en consomment pas (+22
%). Mais cette augmentation du risque ne persistait pas quand on
tenait compte des principaux facteurs confondants (antécédent
d'accouchement prématuré, âge maternel, IMC, apport énergétique
total, statut marital, tabagisme en cours, niveau d'éducation). En
revanche, le risque de l'ensemble des buveuses d'au moins un
verre/jour de boissons édulcorées était significativement augmenté
(+11 % d'accouchements prématurés) par rapport aux non
consommatrices, y compris en analyse multivariée.
En ce qui concerne les boissons sucrées, la relation avec le
risque d'accouchement prématuré était encore plus nette. Ainsi, les
consommatrices d'au moins un verre/j de boissons sucrées avait un
risque augmenté de 25 % par rapport aux femmes qui n'en
consommaient pas. Ce sur-risque atteignait +41 % chez les plus
grandes "buveuses de sucre" (>3 verres/j). En outre,
contrairement aux boissons allégées, il existait une relation
dose-effet entre la consommation de boissons sucrées et le risque
d'accouchement prématuré.
Pour expliquer un possible rôle délétère des édulcorants pendant
la grossesse, certains auteurs avancent l'hypothèse d'un effet du
méthanol, formé au cours du métabolisme de l'aspartame. Quant à
l'effet des boissons sucrées, il serait lié à l'élévation de la
glycémie qu'elles peuvent entraîner.
Ainsi, pour le moment, il n'est pas justifié de délivrer aux
femmes enceintes un discours alarmiste concernant les boissons
allégées en sucre, surtout si elles sont consommées en quantité
raisonnable et en remplacement des boissons sucrées.
Dr Boris Hansel
Englund-Ögge L et coll. : Association between intake of artificially sweetened and sugar-sweetened beverages and preterm delivery: a large prospective cohort study. Am J Clin Nutr., 2012 ; 96 : 552-9.
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