Les virus, à l’exception notable de ceux de la grippe, ne sont
traditionnellement pas considérés comme des causes d’infections
respiratoires graves chez l’adulte. Cependant, certains travaux,
utilisant une technique basée sur la Polymerase Chain Reaction
(PCR), retrouvent une présence de virus dans 13,5 à 56,2 %
des cas au cours des pneumonies communautaires. Ces études sont
basées sur un isolement dans les sécrétions nasopharyngées,
recueillies par écouvillonage ou aspiration, ce qui en limite la
portée.
Une équipe coréenne s’est intéressée à la place des agents
viraux chez les patients adultes avec une pneumonie nécessitant
l’admission en unité de soins intensifs (USI).
Ce travail analyse une cohorte de malades atteints de pneumonie
grave communautaire ou de pneumonie associée aux soins, et
hospitalisés dans une USI de 28 lits sur une période de un
an.
Un total de 198 patients (64 avec une pneumonie communautaire
et 134 avec une pneumonie associée aux soins) ont été inclus.
Parmi eux ,115
(58,1 %) ont eu une bronchoscopie avec lavage
broncho-alvéolaire (LBA), et 104 de ces LBA ont été testés pour les
virus respiratoires par reverse transcriptase PCR
(RT-PCR). Un prélèvement du nasopharynx a été réalisé chez
159 patients (84,1 %) et également examiné par
RT-PCR.
Soixante et onze patients (35,9 %) souffrent d’infections
bactériennes et 72 (36,4 %) ont une infection virale. Parmi
ces virus, le rhinovirus a été le plus souvent isolé (23,6
%), suivi par le virus parainfluenza (20,8 %), le metapneumovirus
humain (18,1 %), le virus de la grippe (16,7 %), et le virus
respiratoire syncytial (13,9 %). Le virus respiratoire syncytial
est significativement plus fréquent dans le groupe des pneumonies
communautaires (10,9 %) par rapport aux pneumonies acquises à
l’hôpital (2,2 %) ( p=0,01). Les taux de mortalité, qu’il s’agisse
d'infections bactériennes, d’infections virales ou de co-infections
bactériennes et virales ne sont pas significativement différents :
on relève des taux de mortalité de 25,5 %, de 26,5 %, et de 33,3 %,
respectivement, p=0,82).
Ces résultats suggèrent donc que les infections virales peuvent
être la cause de pneumonies graves, nécessitant une admission en
USI, avec des taux de mortalité comparables aux infections
bactériennes.
La prévalence et les virus responsables devront être précisés
par d’autres travaux. Ces constatations posent de plus le
problème de leurs implications pratiques. En effet, le
développement des traitements antiviraux est actuellement largement
dépassé par les progrès microbiologiques en détection virale.
Restent les mesures préventives dont notamment le contrôle
attentif de la transmission de ces agents viraux, surtout à
l’hôpital.
Dr Béatrice Jourdain
Choi S et coll. : Viral Infection in Patients with Severe Pneumonia Requiring Intensive Care Unit Admission. Am J Respir Crit Care Med., 2012 ; 186 : 325–332.
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