Quelle est la dernière « terre inconnue », quasi
délaissée dans les essais thérapeutiques ? Certainement la femme
enceinte, rappelle l’éditorialiste de The American Journal of
Psychiatry. Cette situation résulte bien sûr des «
préoccupations concernant les femmes enceintes : éthiques,
médico-légales et de sécurité pour le fœtus. » On constate
donc sans surprise que « peu d’études pharmacologiques sont
conduites pendant la grossesse. » Mais ce constat entraîne aussi
des inconvénients, d’autant plus fâcheux que la pharmacothérapie
demeure souvent « le pilier du traitement de certains troubles.
»
Quand le médecin se voit ainsi contraint de prescrire (par
exemple en cas de dépression sévère ou de psychose), « la
littérature médicale l’informe davantage des effets indésirables
des médicaments que de leur impact positif sur la maladie » à
traiter ! Le praticien se trouve alors confronté à un dur défi
clinique : « juger si le fardeau de la maladie est suffisamment
amoindri par le médicament pour compenser les risques d’exposition
à ce produit », risques pouvant toucher ici deux personnes :
la mère et le futur enfant.
Autrement dit, la prise de décision doit être guidée, peut-être
encore plus qu’à l’accoutumée, par une évaluation soigneuse du
rapport bénéfices/risques, mais la rareté des essais thérapeutiques
ne facilite pas cette évaluation. L’auteur note que la promotion
des soins pour les femmes enceintes (atteintes d’une grave maladie
mentale) implique l’identification des « caractéristiques
cliniques, biologiques, et/ou génétiques des patientes présentant
les risques le plus (et le moins) élevés. » Ce sujet intéresse
en particulier les autorités sanitaires des États-Unis : la
Food and Drug Administration propose notamment un «
guide pour l’industrie » (pharmaceutique) sur la «
conception (des études concernant les femmes enceintes),
l’analyse des données, la posologie et l’étiquetage »
[1].
[1]
http://www.fda.gov/downloads/Drugs/GuidanceComplianceRegulatoryInformation/Guidances/ucm072133.pdf
Dr Alain Cohen
Wisner KL : The last therapeutic orphan: the pregnant woman. Am J Psychiatry, 2012; 169-6: 554–556.
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