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L’énigme de la semaine : Un coup de bambou (solution)

Publié le 11/09/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Ce patient de 38 ans séropositif pour le VIH depuis une date indéterminée avait été adressé au centre de référence de sa province de Chine du Sud pour une fièvre élevée avec altération de l’état général.

La conjonction d’une immunodépression profonde (CD4 à 10/microlitre) et de papules érythémateuses disséminées avec une lésion labiale supérieure (cliché A) fait suspecter dès le premier examen une pénicilliose. Un traitement de deux semaines par amphotéricine B est immédiatement entrepris.  Le diagnostic sera facilement confirmé par les examens mycologiques (hémocultures sur milieu de Sabouraud positives et examen direct d’une biopsie de moelle (cliché B et C). Après amélioration clinique, le malade quitte l’hôpital avec une ordonnance comportant  un traitement antirétroviral, du cotrimoxazole et de l’itraconazole en prévention secondaire. Six mois après cette hospitalisation le patient va bien, est asymptomatique et a repris son travail.

Très peu connue des spécialistes du sida suivant des patients vivant en Europe, en Afrique ou en Amérique, la pénicilliose est une infection fongique à Penicillium marneffei. Il s’agit d’un champignon dimorphique que l’on a mis en évidence en Asie du Sud-Est, en Chine du Sud et en Inde. Le rat de bambou est le seul hôte connu de P marneffei en dehors de l’homme.  Son mode transmission n’est pas parfaitement élucidé même si l’humidité de la saison des pluies semble jouer un rôle important. Dans les régions où il a été isolé, la penicilliose est devenue l’une des toutes premières étiologies d’infections opportunistes chez les patients atteints de sida. A Haiphong (Vietnam) par exemple P marneffei en est la troisième cause derrière  la tuberculose et les candidoses mais devant la cryptococcose. La penicilliose survient généralement chez les patients très immunodéprimés comme dans notre observation.

A) Lésion nécrotique de la lèvre supérieure
B) Pigment rouge de Penicillium marneffei diffusant sur l’hémoculture
C) Biopsie medullaire (coloration Giemsa) montrant les champignon en forme de cigare à l’intérieur d’un macrophage

Cliniquement elle se manifeste par une fièvre persistante, une anémie et des lésions cutanées indolores et non prurigineuses à type de pseudo molluscum contagiosum disséminés très évocatrices et pathognomoniques selon des équipes asiatiques.

Le diagnostic est confirmé au laboratoire par l’examen direct et la mise en culture des prélèvements (hémocultures, expectoration, lésions cutanées et biopsie de moelle où le champignon serait mis en évidence dans 100 % des cas).

Le traitement d’attaque repose sur l’amphotéricine B IV durant deux semaines suivi d’une prévention secondaire par itraconazole per os (200 mg deux fois par jour) tant que les CD4 n’ont pas dépassés 100 ou 200/microlitre sous traitement antirétroviral.

Cette observation typique permet de souligner la nécessité de suspecter ce diagnostic devant des lésions cutanées évocatrices chez un sujet séropositif très immunodéprimé ayant vécu en zones d’endémie.

Elle est également l’occasion de dénoncer avec les auteurs les difficultés du dépistage et de la prise en charge rapide de ces malades en Chine, malgré les progrès accomplis. On notera en particulier que le test ELISA a nécessité un passage à l’hôpital local, que le Western blot n’a pu être réalisé que dans un centre de dépistage spécialisé et que le traitement n’a finalement pu être mis en route que dans l’hôpital universitaire de la capitale provinciale, Canton.



Dr Céline Dupin


Wang C et coll. : Falling down and following up. Lancet 2012 ; 380 : 948.


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