Malgré des politiques de santé libérales qui favorisent
officiellement (dans divers pays) la participation des patients
dans les projets thérapeutiques les concernant, on doit constater
en pratique, déplorent les éditorialistes du British Journal of
Psychiatry, que les principaux intéressés eux-mêmes sont rarement
invités à coopérer aux prescriptions établies par les psychiatres
(surtout en milieu hospitalier, et a fortiori lors d’un internement
réalisé sans le consentement du sujet).
Il est donc « temps d’introduire le choix du malade »
(psychotique) en matière de décisions thérapeutiques et de
revaloriser, chaque fois que possible, sa « collaboration »
effective avec le médecin. Cet objectif paraît d’autant plus
justifié que l’efficacité concrète des neuroleptiques serait
parfois « surestimée » et que leurs effets indésirables seraient au
contraire « sous-estimés », dans un contexte où d’autres options
(psychothérapies, thérapies cognitivo-comportementalistes,
interventions psychosociales…) pourraient pourtant être proposées,
au lieu de résumer systématiquement chaque stratégie thérapeutique
à une ordonnance classique de médicaments neuroleptiques.
Il faudrait d’ailleurs se demander, estime l’auteur, si «
tout patient répondant aux critères de diagnostic de la
schizophrénie nécessite impérativement d’être traité par des
neuroleptiques. » Et même quand les neuroleptiques se révèlent
indispensables, une adhésion renforcée des patients aux projets
thérapeutiques permettrait certainement d’améliorer leurs réponses
au traitement, suite à une meilleure observance qui reposerait en
particulier sur un dialogue sincère présentant objectivement aux
intéressés « les effets positifs et négatifs » de leurs
traitements. La démarche du psychiatre devrait ainsi se rapprocher
de celle d’un pédagogue s’efforçant d’expliquer ses prescriptions
de son mieux, plutôt que de les imposer sans rechercher
l’implication personnelle de l’usager.
Dr Alain Cohen
Morrison AP et coll. : Antipsychotics: is it time to introduce patient choice? Br J Psychiatry, 2012; 201: 83–84.
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Vos réactions |
Notre travail de tous les jours
Le 28 septembre 2012
Quel article sidérant, et qui enfonce des portes ouvertes !
Il n'est jamais fait mention d'une difficulté essentielle, très souvent rencontrée au cours des soins aux patients psychotiques: leur méconnaissance de la pathologie, et leur dénégation d'être malade. "Introduire le choix du patient" et susciter une alliance thérapeutique, c'est notre travail de tous les jours... On se demande sur quelles constatations se base le Dr Morrison, et si nous parlons bien de la même réalité clinique.
Merci pour le conseil de psychothérapies, de TCC, d'interventions psychosociales, nous n'y avions pas pensé!
Merci également pour la réduction du travail du psychiatre à la seule prescription de neuroleptiques... La dénégation de réalité passe dans le camp des docteurs Morrison et Cohen!
J-L Hohl
Quelle dénégation de la réalité ?
Le 28 septembre 2012
Cher confrère,
Je vous remercie de me mettre dans le même "panier" que le Dr Morrison, éditorialiste au British Journal of Psychiatry. Je pourrais en effet me trouver en plus mauvaise compagnie qu'un tel chercheur publiant dans une revue de référence internationale... Sur le fond, libre à vous de considérer qu'il "enfonce des portes ouvertes". Vous ne pourrez pas nier cependant que la spécificité du métier de psychiatre réside bien dans la prescription de psychotropes car, pour les autres types d'interventions (sociales, éducatives, psychothérapeutiques...), il existe évidemment d'autres intervenants qui partagent ces pratiques (travailleurs sociaux, psychologues, rééducateurs...) avec les psychiatres aussi bien (ou mieux) qu'eux. La vision du psychiatre prescripteur est donc certes réductrice, mais c'est bien ce que la société attend souvent de lui (à tort ou à raison): une fonction de "jardinier de la folie", comme dit Édouard Zarifian.
Alain Cohen, dénégateur (?) de réalité.
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