La découverte récente de plusieurs petites molécules
(inhibiteurs de la tyrosine kinase, de mTOR [mammalian target of
rapamycin] et du protéasome…) a permis une avancée importante dans
le traitement de certains cancers. Mais pour exercer leur action,
ces molécules doivent atteindre une concentration suffisante dans
les cellules cibles (cellules tumorales et endothéliales des
vaisseaux tumoraux). Les transporteurs des médicaments déterminent
la concentration de ceux-ci au niveau sanguin et tissulaire,
conditionnant ainsi leur efficacité thérapeutique. Une équipe
allemande a compilé les données sur les transporteurs impliqués
dans le transport de ces petites molécules anti-cancéreuses, leur
régulation au niveau tumoral et les conséquences potentielles sur
l’action thérapeutique.
Les données in vitro montrent que la plupart des petites
molécules dont il s’agit ici sont des substrats des transporteurs «
d’efflux » (du milieu intracellulaire à l’extérieur de la
cellule) de type BCRP (Breast Cancer Resistance
Protein) et/ou glycoprotéine P. L’importance de ceux-ci quant
aux concentrations des médicaments obtenues dans le cerveau a été
clairement montrée sur des modèles murins. Mais les concentrations
intracellulaires de certains inhibiteurs de la tyrosine kinase
pourraient aussi dépendre de certains transporteurs d’entrée dans
la cellule. La majorité des molécules considérées inhibent les
transporteurs d’influx et/ou d’efflux avec des conséquences
potentielles sur la survenue d’interactions
médicamenteuses.
Pour certains inhibiteurs de la tyrosine kinase, il a été
également montré l’impact de polymorphismes dans les gènes codant
les transporteurs de médicaments avec des conséquences sur la
disponibilité et l’effet thérapeutique.
Par ailleurs, si l’expression et la localisation des
transporteurs sont bien établies dans les tissus sains, elles
restent encore largement méconnues dans les tissus tumoraux.
L’expression des transporteurs peut être modifiée par le
développement de la tumeur, mais aussi par certains traitements
(médicaments, radiothérapie).
Il faut à l’évidence davantage de données pour déterminer
l’importance clinique des interactions transporteurs/ petites
molécules anticancéreuses notamment leur rôle dans le développement
des résistances multi-drogues et dans la variabilité
interindividuelle de la toxicité et de la réponse à ces nouveaux
traitements anti-cancéreux.
Dr. Estelle Deniaud Boüet
Mandery K et al. : Interaction of innovative small molecule drugs used for cancer therapy with drug transporters. Br J Pharmacol., 2012 ; 165 : 345-362.
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