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Comment expliquer la prévalence croissante de l’autisme ?

Publié le 17/09/2012   |  1 réaction Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Une importante interrogation (encore sans réponse aujourd’hui) concerne la signification des statistiques sur la prévalence croissante de l’autisme : reflète-t-elle simplement les progrès présents en matière de diagnostic, ou une envolée effective de sa fréquence dans le monde (culminant avec l’estimation de 2,6 % de la population générale en Corée) ?

Pour Emily Simonoff (professeur de pédopsychiatrie à Londres), on ne peut répondre avec certitude à cette question, faute d’un « biomarqueur » disponible pour caractériser formellement l’autisme. Il faut aussi s’entendre sur ce dont on parle vraiment. En effet, les actuels « troubles du spectre autistique » ne se résument pas à l’autisme classique de Kanner, mais comprennent aussi « le syndrome d’Asperger, l’autisme atypique et d’autres troubles envahissants du développement. » Et dans les critères retenus désormais pour évoquer l’autisme, on n’exige plus forcément la « présence de stéréotypies et de comportements ou centres d’intérêts répétitifs », mais ce diagnostic peut être envisagé devant « suffisamment de symptômes relatifs à des déficits de la socialisation et de la communication. »

Quant aux causes de l’autisme, encore inconnues, plusieurs dimensions (probablement complémentaires) sont explorées, surtout d’ordre environnemental ou génétique (confortées par des études comparatives sur les jumeaux monozygotes ou dizygotes). À mi-chemin de ces hypothèses, l’auteur rappelle la piste du « cerveau hyper-masculinisé » (proposée par Simon Baron-Cohen [1]) où une imprégnation androgénique in utero excessive par la testostérone fœtale entraînerait ultérieurement « des modifications de la personnalité en relation avec l’autisme », dans la mesure où le taux de testostérone fœtale se révèlerait en corrélation inverse avec la fréquence des contacts oculaires à un an, avec le degré d’empathie vers huit ans, et en corrélation directe avec l’intensité des traits autistiques. Mais quoi qu’il en soit, les recherches récentes ont « anéanti l’hypothèse de la mauvaise mère » (en anglais « refrigerator mother », mère-réfrigérateur) à laquelle certains imputaient jadis la responsabilité des troubles autistiques ou psychotiques chez son enfant.

 

[1] http://terrain.revues.org/1703#txt & http://fr.wikipedia.org/wiki/Simon_Baron-Cohen



Dr Alain Cohen


Simonoff E : Autism spectrum disorder: prevalence and cause may be bound together. Br J Psychiatry, 2012; 201: 88–89.




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Vos réactions

Le rôle de l'environnement humain ne peut pas être éliminé

Le 18 septembre 2012

Excellent petit article posant bien la difficulté d'estimer correctement la dite prévalence compte tenu du caractère imprécis de l'étendue des pathologies du spectre autistique. Intéret aussi de bien indiquer les incertitudes étiologiques encore présentes.Par contre revenir sans cesse sur le débat dépassé depuis trente ans au moins concernant les mères réfrigérateurs est au moins inutile: rappelons que cette hypothèse était celle de Kanner en 1943 et qu'il l'a ensuite invalidé lui-meme. Tous les psychanalystes sérieux (Frances Tustin par exemple) n'ont jamais réémis une telle hypothèse étiologique. Par contre il est évident que le rôle pathogénique de l'environnement humain ne peut pas être aussi simplement éliminé, tant le dysfonctionnement premler d'un bébé, dysfonctionnement dont la cause est certainement organique, peut entrainer un dysfonctionnement de l'environnement humain, ce qui peut contribuer à l'apparition de symptômes que nous dirons secondaires, par rapport aux symptômes primaires. Si tel n'était pas le cas, les autistes seraient les seuls être humains dont la construction et le développement échapperait totalement à l'environnement !

Philippe Gabbai

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