Nombre de travaux ont documenté l’association, fréquente et
hautement délétère sur le plan cardiovasculaire, entre diabète et
HTA, ainsi que l’importance du contrôle de la pression artérielle
(PA) chez les diabétiques, afin de réduire le risque de micro- et
de macroangiopathie. Peu d’études ayant cependant porté attention à
l’impact potentiel de la précocité du contrôle de l’HTA sur le
risque à venir de complications cardiovasculaires, des auteurs
américains ont évalué, en population diabétique, les effets du
contrôle de la PA dans l’année suivant l’installation de l’HTA sur
la survenue ultérieure d’événements cardiovasculaires majeurs.
PJ O’Connorr et coll. ont pour ce faire examiné
rétrospectivement une cohorte provenant du Cardiovascular
Hypertension Registry (du Cardiovascular Research Network) et
inclus les données d’assurance maladie intéressant les patients
identifiés comme hypertendus entre le 1er janvier 2003 et le 31
décembre 2009 au niveau de trois réseaux de soins intégrés (ceux du
Health Parners, dans le Minnesota, et du Kaiser Permanente de
Californie et du Colorado).
L’étude a porté sur plus de 15 000 diabétiques, indemnes de
maladie cardio- ou cérébrovasculaire à l’inclusion, ayant une HTA
nouvellement apparue (moins d’un an auparavant) et définie par
l’existence, vérifiée à deux reprises, d’une PA systolique
atteignant ou dépassant 130 mmHg et/ou une PA diastolique de 80
mmHg ou plus, hors hospitalisation et hors situations
d’urgence.
Le contrôle de l’HTA prédictif de la survenue d’événements
cardiovasculaires majeurs dans les 3 ans
Les 15 665 diabétiques ainsi soumis à analyse étaient âgés en
moyenne de 51,5 ans, avaient à l’installation de l’HTA une PA
moyenne de 136,8/80 mmHg. Dans l’année suivant le début de l’HTA,
la PA moyenne a diminué, passant à 131,4/78,0 mmHg, inférieure
alors à 130/80 mmHg chez 32,9 % des patients, inférieure à 140/90
mmHg chez 80,2 %.
Sur un suivi moyen de 3,2 ans, après ajustement sur l’âge, les
taux d’événements cardiovasculaires majeurs (infarctus du myocarde,
AVC hémorragiques ou ischémiques) étaient globalement de 5,90
événements/1 000 sujets-années (intervalle de confiance à 95 % [IC
à 95 %] 5,26-6,62). Ils étaient, selon le contrôle tensionnel
obtenu : de 5,10 événements/1 000 sujets-années (3,69-7,04) lorsque
la PA moyenne sur l’année suivant le début de l’HTA était
inférieure à 130/80 mmHg, de 4,27 événements/1 000 sujets-années
(3,47-5,25) lorsque la PA était en moyenne de 130-139/80-89 mmHg et
de 6,94 événements/1 000 sujets-années (5,57-8,64) avec une PA
moyenne à 140/90 mmHg ou plus (p = 0,004). Les chiffres
correspondants pour les taux d’infarctus du myocarde étaient
respectivement : 3,37 événements/1 000 sujets-années (2,90-3,92),
2,05 événements/1 000 sujets-années (1,24-3,40), 2,22 événements/1
000 sujets-années (1,67-2,96) et 4,34 événements/1 000
sujets-années (3,27-5,71) (p < 0,0001 ; ceux correspondants,
pour les taux d’AVC (en événements/1 000 sujets-années)
respectivement de 2,76 (2,34-3,26), 3,16 (2,10-4,76), 2,17
(1,62-2,90) et 2,54 (1,95-3,31) (p = 0,33).
Lorsque les ajustements étaient poussés en outre sur d’autres
variables (notamment les facteurs de risque cardiovasculaire
présents à l’inclusion, la présence d’une microangiopathie
diabétique, le site d’étude), les taux d’événements
cardiovasculaires majeurs étaient significativement plus élevés
chez les patients dont la PA moyenne dans l’année suivant le début
de l’HTA était de 140/90 mmHg ou plus en comparaison de ceux dont
la PA était inférieure à ce seuil (rate ratio : 1,30 ; IC à 95 %
1,01-1,69 ; p = 0,04). Cet accroissement significatif a été observé
pour l’infarctus du myocarde (1,41 ; 1,01-1,96 ; p = 0,04), et la
probabilité de survenue d’un AVC était augmentée, sans que la
significativité statistique soit atteinte (1,25 ; 0,85-1,82 ; p =
0,28). Les taux d’événements cardiovasculaires étaient moindres
chez les patients dont la PA était inférieure à 130/80 mmHg en
comparaison de ceux ayant une PA de 130/80 mmHg ou plus, la
différence n’étant cependant pas significative sur la durée de
suivi.
Cette étude associe au contrôle tensionnel obtenant une PA
moyenne inférieure à 140/90 mmHg au cours de la première année
suivant l’apparition d’une HTA chez les adultes diabétiques, une
réduction des taux d’événements cardiovasculaires majeurs
globalement, d’infarctus du myocarde spécifiquement, sur un suivi
moyen de 3,2 ans. C’est bien sûr sur la précocité de
l’identification de l’HTA et de son contrôle en population
diabétique qu’insistent les auteurs.
Dr Julie Perrot
O’Connor PJ et coll. Benefits of early hypertension control on cardiovascular outcomes in patients with diabètes. Diabetes Care, 2012 ; publication avancée en ligne le 10 septembre. (doi : 10.2337/dc12-02 84).
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