Au cours de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO),
les surinfections bactériennes sont une hantise, car rien de tel
pour entraîner le patient vers une décompensation qui peut être
lourde de conséquences. La recherche de bactéries dans les
voies aériennes repose principalement sur les cultures
microbiologiques classiques.
Il est désormais tentant de recourir à des techniques
moléculaires plus modernes comme la PCR quantitative (qPCR) a
priori plus riche en informations. Cette dernière relève dans son
principe de l’amplification de l’ADN bactérien avec comme
possibilité la quantification de la charge microbienne.
Une étude a inclus 134 patients ambulatoires, tous atteints
d’une BPCO. Au total, 373 expectorations ont été évaluées par qPCR
multiplex afin de préciser :
• la prévalence des infections bactériennes potentielles ou
avérées
• la charge en bactéries les plus usuelles au sein des voies
respiratoires, qu’il s’agisse de : Haemophilus influenzae,
Streptococcus pneumoniae, ou encore Moraxella catarrhalis ;
• la charge en bactéries atypiques (176
expectorations)
En outre les résultats obtenus au cours d’une poussée et pendant
une période stable de la maladie ont été comparés pour 52
patients.
Les bactéries commune ont été plus fréquemment détectées au
cours de poussées évolutives de la maladie, soit une prévalence de
57,7 % (p=0,001 versus 26,9 % en dehors des poussées). En outre,
pour les patients chez lesquels des bactéries ont été retrouvées à
la fois au cours et en dehors d’une poussée, la charge
bactérienne était 20 fois plus élevée au moment de la poussée
(p=0,011 vs état stable).
La qPCR s’est avérée plus discriminante dans la détection des
bactéries communes ou typiques, en comparaison avec les milieux de
culture classiques, soit 59,3 vs 24,3 % (p<0,01).
En dehors des poussées, une charge bactérienne élevée a été
corrélée :
• à un syndrome obstructif plus sévère mesuré par le VEMS
(r=0,299 ; p=0,03)
• à la nécessité de doses plus élevées de corticoïdes inhalés
(r=0,382; p=0,008).
En outre, les concentrations plasmatiques moyennes de CRP
(C-reactive protein) se sont avérées plus élevées lors des
décompensations respiratoires induites par une infection
bactérienne (p=0,032).
En bref, la qPCR est à la fois plus sensible et plus précise
dans la détection des (sur)infections bactériennes chez les
patients atteints d’une BPCO, en terme de prévalence mais
aussi d’estimation de la charge bactérienne et de la corrélation à
un éventuel syndrome inflammatoire. Elle fait ici la preuve de sa
supériorité face aux techniques de mise en culture classique sur
milieux appropriés. Au cours des BPCO stables, la dite charge
bactérienne est associée à la sévérité du syndrome obstructif. De
tels résultats incitent à d’autres études pour préciser la
place de la qPCR dans le suivi de la BPCO et sa prise en charge
thérapeutique.
Dr Philippe Tellier
Garcha DS et coll. : Changes in prevalence and load of airway bacteria using quantitative PCR in stable and exacerbated COPD. Thorax. 2012 : publication avancée en ligne le 3 août.
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