Plusieurs études avaient déjà signalé que le stress
professionnel psycho-social pouvait contribuer à augmenter le
risque de maladie coronaire. Ce risque était multiplié par 2 dans
INTERHEART (Lancet 2004; 364: 953–62) et par 1,4 (soit
une augmentation de 40 %) dans une méta-analyse (Scand J Work
Environ Health 2006; 32: 431–42) portant sur les seules études
prospectives publiées. L’amplitude du risque coronaire associé au
stress professionnel varie donc selon les études car des
biais peuvent entacher son appréciation.
Kivimäki et coll. sont revenus sur la question dans une
méta-analyse qui a la particularité de s’appuyer sur des études
publiées et non publiées ; ils ont ainsi analysé les données
individuelles de 197 473 sujets des deux sexes (âge moyen à
l’entrée dans les études :
42,3 ± 9,8 ans ; femmes : 50 %), inclus de 1985 à 2006 dans 13
cohortes européennes et indemnes de toute atteinte coronaire
lors de l’évaluation initiale.
Le stress professionnel a été évalué à partir de documents
décrivant les caractéristiques du travail et la fonction du
participant, et de questionnaires appropriés affectés d’un
score. Un événement coronaire était défini par la survenue
d’un infarctus du myocarde ou d’un décès d’origine coronaire.
Sur les 197 473 sujets analysés, 30 214 (15 %) signalaient la
présence d’un stress au travail. Au cours d’un suivi moyen de 7,5 ±
1,7 ans correspondant à 1,49 million personnes-années,
2 358 événements coronaires sont survenus.
Après ajustement pour le sexe et l’âge, comparé à un
travail non stressant, le risque (hazard ratio [HR])
d’événement coronaire en cas de travail stressant était de 1,23
(intervalle de confiance [IC] 95 % 1,10–1,37), soit une
augmentation de 23 %. Ce risque était plus élevé dans les études
publiées (HR 1,43[1,15−1,77]) que dans celles qui ne
l’avaient pas été (HR 1,16 [1,02−1,32]).
Ainsi, il existe bien une association entre le stress lié
au travail et la survenue d’un événement coronaire, et elle
persiste après ajustement pour le statut socio-économique, le style
de vie et les facteurs de risque conventionnels. Le risque
coronaire présumé être directement la conséquence du stress
professionnel par une relation de cause à effet était de 3,4 % ; il
apparaît donc bien inférieur à celui attribué au tabagisme (36 %),
à l’obésité abdominale (20 %) et à la sédentarité (12 %).
La méta-analyse de Kivimäki et coll. diffère des méta-analyses
précédentes par sa taille (elle porte sur davantage de sujets
à savoir 197 473 vs 83 000) et par sa méthodologie
(elle a été effectuée à partir de données publiées et
non-publiées vs les seules données publiées).
Ses résultats, plus précis et probablement moins biaisés que
ceux publiés antérieurement, suggèrent que le stress professionnel
est associé à une augmentation réelle du risque coronaire qui
peut se traduire par la survenue de plusieurs milliers de cas
d’infarctus du myocarde et/ou de décès d’origine coronaire ; ce
risque demeure cependant beaucoup moins élevé que celui associés
aux facteurs classiques de risque cardiovasculaire. Toutes
les mesures préventives prises pour remédier à
l’existence d’un stress professionnel sont évidemment les
bienvenues car elles pourraient contribuer à réduire quelque peu
l’incidence du risque coronaire ; mais il ne faut pas oublier
que cette stratégie est susceptible d’avoir un impact bien moindre
que la prise en charge drastique des facteurs de risque
conventionnels.
Dr Robert Haïat
Kivimäki M et coll.: Job strain as a risk factor for coronary heart disease: a collaborative meta-analysis of individual participant data. Lancet 2012 ; publication avancée en ligne le 14 septembre.
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