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Stress au travail, un danger pour les coronaires

Publié le 20/09/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Plusieurs études avaient déjà signalé que le stress professionnel psycho-social pouvait contribuer à augmenter le risque de maladie coronaire. Ce risque était multiplié par 2 dans INTERHEART (Lancet 2004; 364: 953–62)  et par 1,4  (soit une augmentation de 40 %) dans une méta-analyse (Scand J Work Environ Health 2006; 32: 431–42) portant sur les seules études prospectives publiées. L’amplitude du risque coronaire associé au stress professionnel varie donc selon les études  car des biais peuvent entacher son appréciation.

Kivimäki et coll. sont  revenus sur la question dans une méta-analyse qui a la particularité de s’appuyer sur des études publiées et non publiées ; ils ont ainsi analysé les données individuelles de 197 473 sujets des deux sexes (âge moyen à l’entrée dans les études :
42,3 ± 9,8 ans ; femmes : 50 %), inclus de 1985 à 2006 dans 13 cohortes européennes  et indemnes de toute atteinte coronaire lors de l’évaluation initiale.

Le stress professionnel a été évalué à partir de documents décrivant les caractéristiques du travail et la fonction du participant,  et de questionnaires appropriés affectés d’un score. Un événement coronaire  était défini par la survenue d’un infarctus du myocarde ou d’un décès d’origine coronaire.

Sur les 197 473 sujets analysés, 30 214 (15 %) signalaient la présence d’un stress au travail. Au cours d’un suivi moyen de 7,5 ± 1,7  ans correspondant à 1,49 million personnes-années,  2 358 événements coronaires sont survenus.

Après ajustement pour  le sexe et l’âge, comparé à un travail non stressant, le risque  (hazard ratio [HR]) d’événement coronaire en cas de travail stressant était de 1,23 (intervalle de confiance [IC] 95 % 1,10–1,37), soit une augmentation de 23 %. Ce risque était plus élevé dans les études publiées (HR 1,43[1,15−1,77])  que dans celles qui ne l’avaient pas été (HR 1,16 [1,02−1,32]). 

Ainsi, il existe bien  une association entre le stress lié au travail et la survenue d’un événement coronaire, et elle persiste après ajustement pour le statut socio-économique, le style de vie et les facteurs de risque conventionnels. Le risque coronaire présumé être directement la conséquence du  stress professionnel par une relation de cause à effet était de 3,4 % ; il apparaît donc bien inférieur à celui attribué au tabagisme (36 %), à l’obésité abdominale (20 %) et à la sédentarité (12 %).

La méta-analyse de Kivimäki et coll. diffère des méta-analyses précédentes par sa taille (elle  porte sur davantage de sujets à savoir 197 473  vs 83 000) et par sa méthodologie (elle  a été effectuée à partir de données publiées et non-publiées vs les seules données publiées).

Ses résultats, plus précis et probablement moins biaisés que ceux publiés antérieurement, suggèrent que le stress professionnel est associé à une augmentation réelle  du risque coronaire qui peut se traduire par la survenue de plusieurs milliers de cas d’infarctus du myocarde et/ou de décès d’origine coronaire ; ce risque demeure cependant beaucoup moins élevé que celui associés aux facteurs classiques de risque cardiovasculaire. Toutes les  mesures  préventives prises pour remédier à l’existence d’un stress professionnel sont évidemment les bienvenues car elles pourraient contribuer à réduire quelque peu l’incidence du risque coronaire ;  mais il ne faut pas oublier que cette stratégie est susceptible d’avoir un impact bien moindre que la prise en charge drastique des facteurs de risque conventionnels.



Dr Robert Haïat


Kivimäki M et coll.: Job strain as a risk factor for coronary heart disease: a collaborative meta-analysis of individual participant data. Lancet 2012 ; publication avancée en ligne le 14 septembre.


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