À l’heure où les liens suggérés par différents travaux et essais
randomisés entre hypoglycémie et mortalité des diabétiques sont
source de débat, et de préoccupation, des équipes de la Mayo Clinic
ont évalué la relation entre hypoglycémies sévères chez les
diabétiques et risque de décès, selon une approche différente, en
s’appuyant sur les données rapportées par les patients
eux-mêmes.
RG McCoy et coll. ont à cet effet mené une étude rétrospective, qui
a porté sur 1 013 diabétiques, âgés de 18 ans ou plus, venus
consulter en diabétologie, à la Mayo Clinique (Rochester), entre
août 2005 et juillet 2006. Ces patients ont été interrogés sur la
fréquence des hypoglycémies survenues au cours des 6 derniers mois,
et les événements hypoglycémiques auto-rapportés ont été examinés
en relation à la mortalité sur 5 ans. Les hypoglycémies ont été
définies par leurs symptômes cliniques, et ont été cotées légères
lorsque les patients avait pu en venir à bout seuls, sévères
lorsque l’aide d’une tierce personne avait été nécessaire.
Cette population d’étude (54,8 % d’hommes), âgée en moyenne de
60,5 ± 15,2 ans à l’inclusion et dont le diabète durait en moyenne
depuis 13,6 ± 11,4 ans, comptait 21,3 % de patients atteints de
diabète de type 1 (DT1) et 78,7 % de diabète de type 2 (DT2). Le
taux moyen d’hémoglobine glyquée (HbA1c) était de 7,2 ± 1,4 % ;
61,7 % des participants ont rapporté au moins un événement
hypoglycémique, quelle qu’en soit la sévérité, l’hypoglycémie ayant
été déclarée légère par 54,2 % d’entre eux, sévère par 7,5 %, et le
taux de mortalité toutes causes à 5 ans était de 13,8 %.
Après ajustements (notamment sur l’âge, le sexe, le type et la
durée du diabète, le taux d’HbA1c, les comorbidités), le risque de
décès à 5 ans s’est avéré près de 3 fois et demie plus élevé chez
les patients ayant rapporté des hypoglycémies sévères par rapport à
ceux ayant déclaré n’avoir eu aucune hypoglycémie ou ayant rapporté
des hypoglycémies légères (Odds Ratio = 3,4 ; intervalle de
confiance à 95 % : 1,5-7,4 ; p = 0,005). L’analyse relève une
tendance à une augmentation du risque de décès chez les patients
ayant signalé des hypoglycémies légères, n’atteignant cependant pas
la significativité statistique (1,56 ; 0,99-2,48 : p = 0,468).
Dans cette étude qui a porté attention aux hypoglycémies
rapportées, dans leur vie quotidienne, par les diabétiques, de type
1 et de type 2, 7,5 % de la population incluse a déclaré avoir eu
des hypoglycémies sévères que l’analyse associe à un risque accru,
plus que triplé, de décès. C’est sur la nécessité de questionner
régulièrement les malades sur les hypoglycémies dont ils ont été
victimes qu’insistent les auteurs, ainsi que sur l’importance de
l’éducation pour améliorer, au jour le jour et au long cours, la
gestion simultanée du traitement, de l’alimentation et des
activités, et enfin sur l’adaptation des traitements
hypoglycémiants en fonction des événements hypoglycémiques sévères
rapportés par les patients.
Dr Julie Perrot
McCoy RG et coll. : Inscreased mortality of patients with diabetes reporting severe hypoglycemia. Diabetes Care 2012 ; 35 : 1897-1901 (doi : 10.22337/dc11-2054).
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