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De la mécanique quantique au diagnostic psychiatrique, existe-t-il une réalité accessible à la connaissance ?

Publié le 21/09/2012   |  1 réaction Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Un phénomène existe-t-il indépendamment de tout observateur ? Cette question est récurrente depuis l’aporie médiévale sur l’arbre tombant dans une forêt déserte où nul n’assiste à sa chute : l’arbre fait-il alors du bruit, ou non ? Au XVIIIème siècle, l’évêque George Berkeley prétendait que « rien n’existe à moins d’être perçu », mais il prêtait toutefois un statut de réalité objective à l’univers, indépendamment de tout observateur, en affirmant que même la chute d’un arbre dans une forêt déserte provoque encore du bruit, car il reste toujours au moins « Dieu pour l’entendre. »

Il existe une variante célèbre de ce débat : « Est-ce que la lune est là quand personne ne la voit ? » Par ces termes (ou une formule voisine, « J’aime penser que la lune est là même si je ne la regarde pas »), Einstein présentait un problème central de la mécanique quantique : un phénomène (comme une grandeur physique) a-t-il une existence préalablement à sa mesure ? Ou s’ancre-t-il dans la réalité seulement après l’ingérence d’un observateur et son intervention métrologique ?

Pour le Dr Saad Ghalib, psychiatre aux Émirats Arabes Unis, cette controverse philosophique sur la nature profonde de la réalité s’applique aussi à la psychiatrie : « l’identification des troubles psychiatriques connaît les mêmes difficultés conceptuelles » (que la description du réel en mécanique quantique). Par exemple, un diagnostic ne peut pas exister sans l’intrusion obligatoire d’un observateur et d’une nosographie, et leurs interactions avec le sujet altèrent peut-être plus ou moins la réalité recherchée. « Il est illogique de dire que la validité des nosographies est insuffisante car elles ne représentent pas avec précision une réalité extérieure », estime l’auteur qui ajoute qu’« en réalité, les nosographies créent une réalité extérieure, sans même requérir l’intervention ‘‘consciente’’ d’un observateur pour le faire. »

En physique quantique, comme en matière de nosographie, la connaissance d’une (éventuelle) « vraie réalité » demeurerait donc indécidable, car inaccessible à la connaissance, impliquant toujours une interaction observationnelle, donc une altération incompressible de cette réalité. Le Pr. Pickering (spécialiste de l’hypertension artérielle) [1] résumait ce débat avec humour : « Votre tension monte toujours quand vous voyez la note d’honoraires du médecin chargé de la faire baisser ! »

 

[1] http://hyper.ahajournals.org/content/54/5/917.full.pdf+html



Dr Alain Cohen


Ghalib S : Is the moon there when nobody looks? Br J Psychiatry 2012; 201: 159.



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Vos réactions

Chat de Schrödinger

Le 21 septembre 2012

En "réalité", il n'y a aucune indécidabilité du pari de l'existence de la réalité en Physique, qu'elle soit quantique ou classique (classique= cas limite de la mécanique quantique lorsque l'on est très au delà de la constante de Planck).
Un exemple ?
Les photons, grains de lumière, paquets d'onde qui viennent du soleil interagissent avec votre peau pour initier un tas de réactions chimiques qui vont conduire à la synthèse de la mélanine; de même, ils vont interagir avec les molécules des feuilles pour initier la photosynthèse chlorophyllienne.
Or, pour décrire ces interactions photon-molécule, il faut en toute rigueur utiliser un formalisme quantique: cette interaction est "par nature" quantique.
Est-ce que pour autant croissance des plantes ne s'effectuait pas bien avant qu'un quelconque système nerveux soit présent sur terre ?
"L'observateur", en mécanique quantique, ne fait que désigner ce qui va interagir avec: une feuille est, dans ce sens, un "observateur " du photon qui lui parvient, et l'interaction s'effectue dans un temps tellement court que la soit disant "indétermination" quantique n'est pas observable (le fameux paradoxe du chat de Schrödinger, l'existence d'une superposition d'états où le chat est à la fois mort et vivant est un exercice de pensée intéressant, mais non observable. Ce que l'on observe, c'est 50 % de chats morts et 50 % de chats vivants.
Il n'y a en fait qu'une question, et c'est toujours la même: toute connaissance (et la sémiologie, psychiatrique ou non en fait partie) est une théorie de la mesure; elle suppose toujours qu'une réalité existe indépendamment de tout observateur ( y compris si l'observateur est un feuille de laitue préhistorique), charge aux humains de déterminer la ou les moins mauvaises théories métrologiques et causales.
Arrêtons de perpétrer toutes les bêtises "holistico-philosophiques" autour de la mécanique quantique; c'est poétique, mais tout simplement faux.

Dr Yves Darlas

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