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Des variations dans l’estimation du score de Gleason

Publié le 21/09/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Le score de Gleason (SG) classe les cancers de la prostate (CP) en fonction du degré de différentiation des tumeurs (coté de 1 à 5). Le CP étant habituellement une tumeur hétérogène,  des zones de niveaux de différentiation différents cohabitent : pour obtenir le SG, on addition des deux grades les plus représentés ce qui donne un chiffre de 2 à 10. Les tumeurs de SG 2 à 4 sont des cancers de bas grade de malignité, ceux de 5 à 7, des cancers de grade intermédiaire et les SG de 8 à 10 correspondent aux cancers de prostate de haut grade, les plus agressifs et évolutifs.

La distinction entre les cinq grades décrits par Gleason n’étant pas toutefois parfaitement marquée, il peut y avoir des variations sur le score de Gleason, en fonction de l’expérience et de l’entraînement des anatomopathologistes mais aussi de certaines influences subjectives. De nombreuses études ont examiné la concordance inter-observateur parmi les anatomopathologistes dans des conditions expérimentales contrôlées en utilisant des lames préselectionnées. Le même type d’évaluation n’a semble-t-il jamais été fait dans un contexte habituel (la vrai vie…) C’est pourquoi une équipe américaine s’est penchée sur les compte rendus histologiques de CP observés dans un échantillon aléatoire et représentatif de patients blancs et afro-Américains suivis dans divers types d'établissements. Les SG attribués aux patients par les anatomo-pathologistes praticiens ont été comparés à ceux calculés par deux experts (un troisième les aidant en cas de désaccord entre les deux premiers) à partir des lames numérisées.  Au total, 1 905 lames portant sur 268 biopsies et 120 prostatectomies provenant de 318 patients ont été revues.

L'accord entre les experts et les rapports des praticiens a été évalué par le calcul du coefficient kappa, K, qui chiffre l’intensité ou la qualité de l’accord réel entre des jugements qualitatifs appariés : l’accord est d’autant plus élevé que la valeur de K est proche de 1 (excellent pour K  ≥ 0,81, bon entre 0,80 et 0,61, modéré entre 0,60 et 0,41, etc.).

Les valeurs de K étaient de 0,61 (intervalle de confiance à 95 %, IC : 0,54 - 0,68) pour les biopsies et de 0,37 (0,23 - 0,51) pour les prostatectomies. Les valeurs de K pour la  comparaison SG ≥ 8 versus SG ≤ 7 étaient de 0,58 (0,48 - 0,67) pour les biopsies et 0,43 (0,28 - 0,58) pour les prostatectomies. Pour les experts, la plupart des SG atteignait 6 ou 7 ; une proportion nettement plus faible était ≥ 8 et aucun n'était < 6. Les biopsies tendaient à faire sous-estimer la sévérité des lésions.

Les plus importants des facteurs prédictifs de discordance, liés aux patients ou à la maladie, étaient l'âge du patient et le stade de la maladie, l'ethnie et le statut socio-économique intervenant peu. La majorité des discordances (63 % pour les biopsies et 72% pour les prostatectomies) correspondaient à des différences minimes. La probabilité de discordance était particulièrement élevée dans les petits hôpitaux (odds ratio 2,98 ; IC : 1,73 - 5,14).

Sur les biopsies et sur les pièces de prostatectomie, il y a donc des différences d’estimation du SG  par les experts et par les praticiens dans une proportion non négligeable de cas et particulièrement élevée dans les petits hôpitaux. La fiabilité des prélèvements biopsiques pour le diagnostic de tumeur bilatérale ou multifocale n’a pas été évaluée dans cette étude : la concordance avec les analyses de la pièce de prostatectomie a récemment été évaluée à 61 % (1). On ignore aussi si les patients avaient eu une hormonothérapie ou du finastéride  lesquels semblent induire des modifications histologiques faisant augmenter le SG (2).

L'importance de la composante subjective dans l’établissement du SG justifie donc manifestement de le faire évaluer par deux spécialistes indépendants (3) ou de façon centralisée (4) et de respecter les recommandations de l'International Society of Urological Pathology (5)… d'autant que la modification du Gleason par l’ISUP après 2005 (6) a permis une amélioration substantielle de sa valeur prédictive : il apparaît donc primordial de préciser les définitions du Gleason modifié, d’identifier les grades borderline, et de bien classer les tumeurs à composantes multiples (7)… en attendant de trouver mieux.



Dr Gérard Loeb


Goodman M et coll. : Frequency and determinants of disagreement and error in Gleason scores: A population-based study of prostate cancer. Prostate 2012; 72 : 1389–98
(1) Lillaz J et coll. : Fiabilité des biopsies prostatiques pour l’étude de la topographie tumorale dans le cancer de prostate. Prog Urol., 2012; 22: 408-14.
(2) Molinie V et coll. : Un grade tumoral est-il applicable au cancer de la prostate sous finastéride ? Prog Urol., 2005; 15: 387-91.
(3) http://anamacap.fr/telechargement/partin.pdf
(4) D'Souza N et coll. : Prostate cancer pathology audits: is central pathology review still warranted? Can J Urol., 2012;19: 6256-60.
(5) van der Kwast TH et coll. : International Society of Urological Pathology (ISUP) Consensus Conference on Handling and Staging of Radical Prostatectomy Specimens. Working group 2: T2 substaging and prostate cancer volume. Mod Pathol., 2011; 24: 16-25.
(6) Epstein JI. An update of the Gleason grading system. J Urol., 2010;183: 433-40.
(7) Société française de pathologie 2011. Carrefour Pathologie - Histoséminaire.
http://www.sfpathol.org/fichiers/documents/FUUkp4Db.pdf



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